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Interview
04/12/2006

Maria Nowak : "Le microcrédit est une façon de mobiliser la créativité des exclus"

Fondatrice de l'Adie, Maria Nowak vient d'être élue Femme de Coeur 2007. Depuis 17 ans, celle que l'on surnomme la "banquière des pauvres" se bat pour permettre aux plus défavorisés d'accéder aux emprunts. Entretien avec une femme engagée. (Photo Romain Joly)
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Vous allez bientôt recevoir le trophée Femmes de Coeur 2007. Qu'est-ce que cela représente pour vous ?

C'est la reconnaissance de l'action menée par l'Adie (Association pour le droit à l'initiative économique) en faveur des personnes défavorisées. C'est également la reconnaissance de la capacité à créer et à entreprendre de ces personnes marginalisées par la société.

Quelle est la mission de l'Adie ?

L'association a trois missions : financer, sous forme de microcrédits, les projets des chômeurs et RMistes, les accompagner pendant et après leur création d'entreprise, et enfin utiliser cette expérience pour faire des propositions à l'Etat en vue d'améliorer la législation. Nous avons par exemple obtenu un amendement qui permet d'emprunter pour prêter alors qu'auparavant les associations ne pouvaient prêter de l'argent que sur leurs fonds propres.

Comment vous est venue l'idée de créer l'Adie ?

Je travaillais alors pour l'Agence Française pour le Développement. Je m'occupais du secteur du crédit pour l'Afrique de l'Ouest. J'ai rencontré Mohammed Yunus, l'inventeur du microcrédit avec sa Grameen Bank. J'ai décidé de mettre à profit son expérience pour développer le microcrédit en Afrique, et ça a marché ! J'ai alors pensé que cela pourrait être intéressant de faire de même en France.

Qu'est ce que le microcrédit ?

C'est un concept né dans le tiers-monde, qui repose sur ce principe : pour créer de la richesse, il faut du travail et du capital. Or les gens pauvres et sans garanties financières ne peuvent pas avoir de capital, puisqu'ils n'ont pas accès aux banques. L'idée est donc de permettre aux chômeurs et RMistes d'obtenir des petits prêts pour financer leur projet de création d'entreprise. Les microcrédits accordés par l'Adie s'élèvent à 5 500 euros maximum.

Ce serait un moyen efficace de lutter contre l'exclusion ?

Oui, c'est une façon de mobiliser et d'utiliser l'énergie et la créativité des exclus, car les gens qui ont vécu beaucoup de galères sont très débrouillards. L'Adie a ainsi financé près de 40 000 entreprises, ce qui a généré 45 000 emplois. Le taux d'insertion de nos créateurs d'entreprise est de 75 %, c'est-à-dire que 3/4 d'entre eux sortent du système du chômage et du RMI.

Avez-vous été soutenue lorsque vous avez créé l'Adie ?

C'était très difficile car personne n'y croyait : ni les services sociaux, ni les banques, ni les structures d'aide à la création d'entreprise. C'était dur de trouver à la fois les clients et les ressources. Aujourd'hui, c'est complètement différent, et nous avons pu établir des partenariats avec toutes les banques françaises.

EN SAVOIR PLUS

30 % des créateurs d'entreprise sont des femmes. Les femmes sont-elles nombreuses à faire appel à votre association ?

35 % de nos créateurs d'entreprise sont des femmes, ce qui est supérieur à la moyenne nationale. Si les femmes hésitent davantage que les hommes à se lancer, elles s'accrochent ensuite beaucoup plus et remboursent mieux et plus vite leurs emprunts.

Le Prix Nobel de la Paix a été attribué à l'inventeur du microcrédit...

C'est une belle reconnaissance, à la fois pour l'homme, pour son opiniâtreté et sa force de persuasion, mais aussi pour tout le secteur de la microfinance, qui comptait 113 millions de clients fin 2005. L'objectif est fixé à 175 millions de clients d'ici 2015.

Vous avez un parcours impressionnant. Comment avez-vous réussi à concilier vie familiale et vie professionnelle ?

Ça n'a pas été facile. Comme toutes les femmes, j'ai dû m'organiser. A partir de 1989 (date de création de l'Adie), j'ai cumulé emploi salarié et engagement bénévole. Mais, à ce moment-là, ce n'était plus un problème car mes trois enfants étaient grands. Au contraire, mes enfants m'ont aidée dans mon action. Par exemple, c'est mon fils qui a peint le local de l'Adie. Ma fille qui est journaliste a fait le premier reportage sur la Grameen Bank.

Quels sont vos projets ?

Le grand projet de l'Adie, c'est de contribuer au développement du microcrédit en France, non plus seulement par le biais d'associations, mais directement par des institutions bancaires. En tant que présidente du Réseau Européen de Microfinance, j'entends également me servir de l'expérience de l'Adie pour développer le microcrédit dans d'autres pays européens.

 

En savoir plus Le site de l'Adie : www.adie.org

 

Claire Sassonia, Journal des Femmes

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