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Déco
23/01/2006
"Le designer ne fait que réadapter
le paysage d'hier à aujourd'hui "
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Généalogie oblige, Jean-Baptiste Sibertin-Blanc ne pouvait être que créateur. Retour sur le parcours de ce designer, aujourd'hui directeur de création de la cristallerie Daum. |
Quel est votre parcours ?
Jean-Baptiste Sibertin-Blanc Avec un papa architecte et une maman peintre, je me suis naturellement dirigé vers une filière artistique. Un CAP de marqueterie et d'ébénisterie en poche, j'ai commencé à travailler comme ébéniste à l'atelier Mercier. J'ai ensuite intégré la cellule parisienne du cabinet d'architecture de Ricardo Bofill. J'avais en charge d'imaginer le mobilier des chantiers réalisés par le cabinet. C'était un véritable défi. Je m'attaquais de front aux problème d'ergonomie. Cependant je n'avais pas toute la marge de manoeuvre souhaitée. Et je voulais voler de mes propres ailes. J'ai donc lancé ma propre marque de fabrique : JBSB Design, et démissionné du Taller de Architectura en 1991.
JBSB Design fut un moyen de vous diriger vers ce que vous aimiez le plus : le design contemporain...
Tout à fait. J'ai mis beaucoup de temps à me libérer de la culture classique pour faire du design contemporain. Travailler à l'atelier Mercier fut une première immersion dans le classisme : je restaurais des meubles anciens pour les palais d'Arabie Saoudite. Chez Bofill, mes créations penchaient vers le néo-classique. JBSB Design m'a permis de créer dans le style que je voulais. Cela a été un ballon d'oxygène, j'accédais enfin au design contemporain. J'ai ainsi pu travailler pour de grandes marques comme Hermès, Lampe Berger ou encore Saint-Gobain avec une gamme de carrelage verre pour lequel j'ai reçu en 2005 le prix Janus de l'industrie.
Je pense également à Ligne Roset pour qui j'ai dessiné la carafe "Cool" (voir ci-contre).
Pouvez-vous nous parler cette carafe "Cool"
?
La carafe en faïence émaillée a été éditée par Ligne Roset en 2004. Tel une pièce de puzzle en trois dimensions, cet objet évoque d'abord à l'oeil un vase mais dès qu'on le prend en main, il devient évident qu'il s'agit d'une carafe dont on se saisit le plus naturellement du monde. Glissez quatre doigts dans sa partie évidée et laissez la paume de votre main épouser la courbe de l'objet. Le pouce devient alors un point d'ancrage et la forme dévoile, comme une évidence.
En 1999, vous intégrez la maison Daum. En quoi consiste votre travail ?
L'aventure Daum s'est présentée par hasard.
En tant que directeur de la création, je m'occupe de 4 marques : Daum Collection, Daum Art, Daum Design et Daum Bijoux. J'ai en charge d'amener chaque nouveau modèle (environ 80 par an) à épouser les richesses du processus de la pâte de verre ; en respectant le dessin initial et les contraintes économique du projet. Mon objectif est d'explorer tous les champs possibles de la pâte de verre, pour restituer la nature dans une émotion simple et contemporaine, d'où la dernière collection "12+1". J'ai également contribué à la numérisation de nos ateliers. Le but : raccourcir les cycles de développement de 50 %. Ainsi, même si la première exquise d'une pièce est réalisée manuellement en fil de fer et en pâte à modeler, les phases modélisation sont aujourd'hui effectuées sur écran. L'outil industriel n'a jamais été aussi performant.
Pouvez-vous nous parler en détail de la collection Daum "12 + 1" ?
J'ai demandé à 12 designers venant d'horizon très différents, dont Ghion, Jourdan et Enzo Mari, de porter un regard neuf sur le savoir-faire de Daum. La collection a été une réussite. Nos clients et collectionneurs ont bien accueilli les produits, comme la coupe "Rototondo" . Elle a été conçue comme une rotonde inversée, à la façon des charpentes d'églises inspirées par les coques des bateaux. C'est une coupe hélicoïdale, finement striée et ouverte jusqu'en son centre par une franche rupture. Cette fine texture concentrique prend toute sa dimension en pleine lumière. C'est le chaleureux accueil de la collection "12 + 1" par notre clientèle qui a permis par la même occasion la création de la marque Daum Design. Nous souhaitons apporter la marque vers la modernité attendue d'une marque de luxe.
Directeur de création chez Daum, vous n'en êtes pas moins l'ambassadeur de la marque en Asie...
Dans le cadre de l'année de la France en Chine, le Comité Colbert (un regroupement de 69 entreprises françaises de l'univers du luxe et de la création) a décidé d'organiser une exposition fin novembre 2005 pour présenter les grandes enseignes du luxe français à Shanghai. Ma présence avait pour but d'affiner la perception du luxe français en Chine et de trouver de nouveaux collaborateurs. Une collection Daum franco-chinoise devrait d'ailleurs naître prochainement. A cette occasion, Daum a présenté une pièce unique, la coupe "Cosmos". J'en suis très fier, car j'ai réussi à introduire de la légèreté à la pâte de cristal, un matériau ordinairement lourd et épais.
Vous êtes donc un passionné de verre. Est-ce votre unique matériau de prédilection ?
Contrairement à ce qu'on pourrait penser au vu de ma position chez Daum, le verre n'est pas mon seul matériau préféré. J'ai eu la chance de pouvoir de me frotter au bois, à la tôle, au métal, à l'étain, au bronze, à l'aluminium, à la corne, et à la porcelaine. Un bonheur pour un amoureux des matériaux comme moi. Ce qui me guide, c'est l'utilisation de la matière dans d'autres contextes et partir de matériaux ancestraux pour inventer une nouvelle écriture.
Quel est votre conception de la création et du métier de designer ?
Le designer ne devrait pas parler de tendance mais plutôt se poser les vraies questions en marketing, esthétisme et fonctionnalisme. J'ai toujours souhaité que le design s'ouvre au grand public. Malheureusement nous y arrivons difficilement. J'ai en quelque sorte réussi à faire rentrer le design dans la maison de tout le monde, notamment grâce à ma collaboration avec Saint-Gobain pour du carrelage en verre. Souvent je me demande, peut-être par excès de lucidité, pourquoi continuer à créer lorsqu'il existe déjà tout sur terre. Je considère que la création ou l'invention n'existe pas. Le designer ne fait que réadapter le paysage d'hier au monde d'aujourd'hui, notamment grâce aux nouvelles techniques et aux différentes matières.
Quels sont vos références en matière de design ?
J'admire le travail de Ruhlmann, un génie de l'Art déco, l'américain Eames et le designer Harry Bertoia pour avoir toujours eu la volonté d'utiliser les matières dans l'intention de les adapter au monde de leurs contemporains.
Que peut-on vous souhaiter pour 2006 ?
De terminer l'ensemble de mes projets. Je pense notamment à la création d'une collection de poignées de porte pour la marque italienne Valli & Valli. L'architecte Bofill devrait également y collaborer. Je planche aussi sur une collection pour Dacryl. Mais le projet qui me tient particulièrement à cœur est la réflexion sur l'ergonomie, la gestuelle que je vais devoir mener pour une bouteille d'une grande marque d'eau minérale. Un projet similaire à celui que j'avais réalisé avec la carafe "Cool".
En savoir plus
Le site de Daum : www.daum.fr
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