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Luxe
29/09/2005
"Le luxe, c'est un produit bien fait, honnête et intelligent"
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Designer chez Louis Vuitton puis directeur artistique pour Loewe, Vincent du Sartel a créé sa propre marque de maroquinerie. Rencontre avec un créateur amoureux de l'Espagne, qui s'inspire des matériaux nobles et du savoir-faire artisanal. |
Que faisiez-vous avant de lancer votre propre marque de sacs à main ?
Vincent du Sartel De 1987 à 2000, j'étais chef de groupe design pour Louis Vuitton. Je m'occupais de la maroquinerie. En fait, je devais gérer tout le catalogue produit en dehors du prêt-à-porter. Puis pendant trois ans, j'ai été directeur artistique chez Loewe en Espagne. Je gérais une équipe de stylistes. Ma mission consistait à renouveler l'offre produit accessoires.
Qu'avez-vous retiré de ces deux expériences ?
Mon travail chez Loewe était particulièrement intéressant car on travaillait à un rythme de saison en saison.
Vuitton ne travaille pas par saison. Les produits sont lancés quand ils sont prêts. Ils sont pensés pendant très longtemps parce qu'il y a une notion de qualité extrême.
Chez Loewe, j'ai eu la possibilité de m'exprimer plus rapidement, plus spontanément. Cela apporte une certaine fraîcheur, car il faut aller vite. J'ai découvert la frénésie de la mode et son rythme effréné.
Travaillez-vous avec les bureaux de tendances ?
Très peu. Chez Loewe, nous avons quelquefois fait appel au cabinet Peclers, mais jamais chez Louis Vuitton car il y a déjà une culture maison très forte. Bien sûr, il ne faut pas être autiste et ignorer complètement la mode, mais il y a beaucoup d'autres façons de s'informer sur les tendances que les bureaux de styles. J'ai un métier où je voyage beaucoup : au Japon, en Chine, aux États-Unis, en Europe. C'est une source d'observation et de réflexion importante. Il y a également les salons du cuir et du textile qui permettent de renifler les tendances. Personnellement, je suis surtout intéressé par les tendances dans le mobilier et l'architecture, je trouve que ce sont des balises à plus long terme que la mode vestimentaire.
Comment ce traduit cette source d'inspiration dans votre travail ?
On retrouve cet attrait pour l'architecture dans la rigueur des lignes, dans les proportions, dans la construction du produit. Dans ma façon de dessiner également. Je dessine des épures, c'est-à-dire que je dessine le sac à l'échelle 1. Je tiens cette habitude de mon premier métier : ébéniste.
Comment passe-t-on de l'ébénisterie à la maroquinerie ?
Je voulais m'éloigner de l'artisanat pur pour aller vers quelque chose de plus créatif. J'ai donc fait l'école supérieure de design industriel (aujourd'hui Créapol).
Je suis entré directement chez Vuitton. A l'époque, la griffe n'avait pas la même image qu'aujourd'hui, c'était une maison plutôt ringarde.
Mais je me suis tout de suite senti bien chez eux, grâce aux artisans de l'usine à Asnières. Ils fabriquent des malles de qualité, avec de belles matières premières. C'est un univers similaire à l'ébénisterie.
Aujourd'hui, le thème de votre collection est l'Espagne...
Oui, j'ai vécu là-bas, et je possède toute une collection de livres sur ce pays. Je suis très attiré par ce qui fait la culture des Espagnols à savoir la sellerie, le travail des métaux, les monuments comme l'Alhambra, la mosquée de Cordoue. Je veux faire découvrir ce pays à travers mes créations.
A Madrid, le mode de vie est stimulant, on sort beaucoup, on est souvent dans la rue, dans les bars, dans les restaurants, il y a une véritable convivialité. Les Espagnols sont très spontanés, ils chantent et dansent facilement dans la rue.
Comment exprimez-vous cela dans vos créations ?
Avec les matières. Je travaille la napa d'agneau que l'on appelle "entrefino" en Espagne. C'est une peau très fine, très souple. J'aime aussi la vachette espagnole, un peu grasse et beaucoup plus rigide. C'est tout le savoir-faire et la tradition de la sellerie. Les motifs que j'utilise font référence à la tradition espagnole, ils sont inspirés de la culture arabe. Sinon, j'aime les passementeries de cuir, les cuirs tressés à la main qui ont un toucher très particulier.
Côté couleur, pour l'été, je m'inspire des villages blancs d'Andalousie, de leurs nuances lumineuses. Et pour l'hiver, j'aime le rouge profond, celui de la terre mouillée à l'automne.
Où peut-on acheter vos produits ?
Mes sacs sont vendus chez Lobato rue Mahler à Paris, et aux Galeries Lafayette cet automne. Il y a également une boutique au Vésinet et une à Marseille. Sinon, je suis vendu un peu partout dans le monde : à Bruxelles, en Suède, en Allemagne, au Japon, à New York, Boston, Los Angeles. Après seulement quatre saisons, c'est plutôt encourageant...
Combien coûtent-ils ?
Entre 360 et 600 euros. Ce sont des produits haut de gamme, de luxe, fabriqués presque entièrement à la main par des artisans espagnols.
Vous avez toujours été attiré par le luxe ?
Je dirais presque que je suis tombé dedans quand j'étais enfant. J'ai toujours été attiré par les beaux matériaux, car c'est quelque chose de passionnant. Le cuir peut prendre beaucoup de formes différentes, il peut être rustique, ou bien très sensuel. J'aime les belles choses, et le luxe, c'est les belles choses. Ce n'est pas forcément un produit cher, c'est un produit bien fait, honnête et intelligent. Travailler chez Loewe était un rêve depuis longtemps car c'est une maison qui traite des matières nobles et sophistiquées, contrairement à Vuitton qui recherche plutôt des matériaux très résistants.
Qu'apportez-vous de nouveau dans l'univers du luxe ?
Par rapport aux autres marques de luxe, j'ai l'impression de voir les choses différemment. En fait, je propose une alternative aux grosses marques comme Prada, Gucci ou Versace qui assomment le marché. Les gens commencent à se fatiguer : lorsqu'ils mettent 500 euros dans un sac, ils n'ont pas forcément envie que leur collègue ait le même. Les clients veulent autre chose que des initiales apposées sur un sac, ils ont besoin de sentiments, de vécu. Et mes sacs racontent une histoire, ils parlent de l'Espagne.
Quelle est votre définition du sac à main ?
Pour une femme, son sac à main est un compagnon de tous les jours. Elle doit en aimer le contact, les détails, les boucleries. Il doit être pratique et résistant. J'aime l'idée que je peux fabriquer des produits d'héritage. Cela me plairait qu'une femme choisisse de transmettre son sac à main à sa fille. Pour moi, la mode a quelque chose de difficile d'un point de vue éthique car elle pousse sans cesse à la consommation. J'aimerais que mes produits deviennent des références, des balises qui restent dans l'esprit des gens.
En savoir plus
Le site de Vincent du Sartel www.vincentdusartel.com
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