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Interview

"Le domaine des spiritueux est une passion"

Pensez-vous que les femmes du domaine de la restauration et dans le monde professionnel en général manquent de reconnaissance? Béatrice Cointreau A emploi égal, les femmes doivent être plus diplômées pour assoir leur crédibilité par rapport aux hommes. J'ai vraiment l'impression que, pour lutter contre les préjugés, elles se donnent toujours à fond. Une femme va toujours au bout d'un projet parce qu'elle sent qu'elle a quelque chose à prouver. Je trouve assez réaliste ce que disait Françoise Giroud : "Le jour où l'on maintiendra une femme incompétente à son poste, c'est qu'il y aura l'égalité des sexes"! Cependant j'ai l'impression que les moeurs évoluent et qu'on apprécie de plus en plus à leur juste valeur tout ce qu'elles accomplissent. Les hommes eux non plus ne sont pas à l'abri de certaines barrières et je pense que l'on va de plus en plus vers un équilibre entre la femme et l'homme. Eux développent leur côté sensible et nous nous imposons de plus en plus dans le travail.

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Qu'est-ce qui vous impressionne particulièrement chez les femmes du milieu de la restauration ?
Elles réussissent à rester féminines et disponibles bien qu'elles cumulent à la fois le travail de restauratrice, le rôle de mère et d'épouse. Elles ont une grande capacité à donner et à échanger dans le cadre de leur cuisine. Elles arrivent à donner beaucoup d'amour à travers leurs recettes.

Vous-même, en tant que chef d'entreprise, accordez-vous une place importante aux femmes dans vos sociétés ?
En vérité je ne fonctionne pas vraiment comme ça : je considère que je travaille avec des individus, des personnalités et non des sexes.

Est-il facile d'être une femme quand on a un double poste comme le votre, qui implique autant de responsabilités ?
Je suis extrêmement bien épaulée : j'ai une super équipe avec laquelle je travaille depuis 10 ans chez Gosset et 20 ans chez Frapin. Mes collaborateurs sont très fidèles et sont comme une seconde famille pour moi. Mais ça n'a pas toujours été facile : quand je suis arrivée dans l'entreprise familiale on se disait que si je réussisais ce serait grâce à l'appui de mon père et que si je me plantais on ne me raterait pas... Ce qui a joué en ma faveur c'est qu'aucune femme n'avait encore eu le même genre de poste que moi chez Frapin.

Il y a 10 ans vous avez racheté l'entreprise Gosset. Passer du cognac au champagne a t-il été facile ?
Comme dit mon père, je suis un "nez". Pour moi le domaine des spiritueux est une passion et finalement la maison Gosset était un peu l'équivalent de Frapin dans le secteur du champagne. De plus, les interlocuteurs que j'ai rencontrés pour le champagne se sont révélés avoir la même sensibilité, le même sens de la passion que ceux avec qui je travaillais chez Cognac Frapin.

Pensez-vous avoir réussi professionnellement ?
Je trouve que le terme de réussite est un peu prétentieux. Je me considère comme quelqu'un qui est toujours "en devenir". Ce qui me motive ce sont tous les petits bonheurs de la vie et mériter chaque jour un peu plus la confiance de mes collaborateurs. Dernièrement mon maître de chais a dit qu'il était dubitatif quand je suis arrivée dans la maison et que maintenant il était admiratif... C'est le plus beau compliment qu'on puisse me faire.

Vous avez 3 enfants. Comment conciliez-vous vie professionnelle et vie familiale ?
Comme toute femme qui travaille, je jongle. Cependant je ne conçois pas vraiment qu'on puisse segmenter son existence. Chez moi tout est un peu lié, je prends du plaisir dans tout ce que je fais, que ce soit au travail où je vis une vraie passion, qu'avec mes enfants de 4 ans et demi, 14 et 15 ans.

Une journée-type de Béatrice Cointreau ?
Il n'y en a pas vraiment. J'ai la chance d'avoir une vie atypique et sans routine justement. Biberon et école pour Adrien, 4 ans et demi, avant de partir au bureau un jour, destination New-York ou Shangaï le lendemain.

Comment voyez-vous l'avenir ?
Je me sens comme la responsable, la dépositaire des prochaines générations. J'attends avec plaisir de transmettre le flambeau aux meilleurs des 25 petits enfants de mon père. C'est un rôle qui me plaît : les femmes savent très bien bâtir, et puis transmettre.


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