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"Les femmes doivent apprendre à prendre en compte leur retraite"
Fondatrice de la Compagnie des Femmes, un cabinet d'assurances dont les produits s'adressent aux femmes, Nicole Rosa est un vraie féministe. Pour la "mixité" plutôt que pour la parité. (novembre 2003)

Pouvez-nous nous dire deux mots sur la Compagnie des Femmes dont vous êtes la fondatrice ?
C'est une société que j'ai créée en 1996, et qui distribue des produits d'assurances et des produits financiers exclusivement destinés aux femmes.

Quel a été votre parcours ?
J'ai fait une licence de droit, il y a très longtemps puisque j'ai aujourd'hui 60 ans... Je suis devenue agent général d'assurances, un peu naturellement parce que mon père dirigeait déjà une compagnie d'assurances. J'ai ensuite ouvert un cabinet de courtage, en 1974. J'ai fait toute ma carrière en créeant moi même mes sociétés de courtage. Je m'étais aperçue qu'il y avait des besoins pour les femmes, et que l'assurance était un métier d'homme. Elle l'est toujours d'ailleurs. Pour les hommes et par les hommes. J'avais toutes les difficultés des femmes et j'ai voulu faire quelque chose. Ça m'a pris 4 ans pour créer une société d'assurances pour les femmes. Je n'ai pas réussi à avoir les financements que je voulais, alors finalement j'ai ouvert en 1995 une société de courtage destinée aux femmes.

Cette démarche partait d'une étude des besoins des hommes et des femmes en matières d'assurances ?
Oui, des besoins différents selon les produits. Mon grand dada, c'est la question de la retraite pour les femmes. Parce qu'il y a encore quelques dizaines d'années, les femmes comptaient sur leurs maris pour financer leur retraite. Aujourd'hui, il y a de plus en plus de femmes seules, et elles doivent compter sur elles mêmes. Je me suis aperçue que les femmes ne s'en préoccupaient pas encore, qu'il y avait un décalage entre le quotidien et le réflexe épargne. J'ai décidé de monter un produit couplé santé/épargne : les femmes qui maîtrisent leurs dépenses de santé se voient rembourser une partie de la prime, versée sur un compte épargne. Il s'agit d'inciter les femmes à prendre en compte leur retraite le plus tôt possible. Au niveau de l'assurance automobile, on s'est aussi aperçu que les résultats des femmes sont meilleurs que ceux des hommes.

Comment expliquez-vous cette différence ?
Tout d'abord, les femmes sont plus respectueuses du code de la route. Elles ont une conduite urbaine, c'est-à-dire qu'elles ont davantage de petits acrochages mais moins de gros accidents. Elles roulent moins vite que les hommes, ont des voitures en moyenne moins puissantes. Il y a aussi le problème de l'alcoolisme au volant, qui est aussi plus le fait des hommes : les femmes boivent aussi, mais elles roulent moins sous l'emprise de l'alcool. Elles ont des enfants dans la voiture par exemple... Elles ont plus le sens des responsabilités dans ce domaine-là. On peut donc leur appliquer des tarifs moins chers.
Côté santé au contraire, les femmes sont de plus grosses consommatrices que les hommes. Elles voient des médecins tout au long de leur vie, et pas seulement lorsqu'elles sont malades. On adapte donc en fontions des besoins : pilules, traitement de la ménopause, médecines douces... sont remboursées.

Ne pensez-vous qu'une entreprise telle que la vôtre comporte un risque d'accentuation des différences sexuelles dans la société, de "ghettoïsation" des femmes ?
Je pense que cela n'accentue rien. Ce ne sont pas les individus qui doivent s'adapter aux produits : aujourd'hui, rien n'est fait pour les femmes. Nous n'avons pas à nous adapter à des produits unisexe. Un contrat santé unisexe, ça n'a pas de sens : les femmes n'ont pas de cancer de la prostate, les hommes n'ont pas de cancer du sein... Côté retraites, il s'agit d'essayer de rétablir à niveau les femmes. Quand elles auront pris l'habitude, notre rôle sera terminé. Mais nous n'en sommes pas là : les femmes ont toujours des salaires inférieurs, elles travaillent moins longtemps parce qu'elles s'arrêtent pour élever les enfants. On est obligé de tenir compte de ces disparités.

Peut-on vous considérer comme une féministe, se batttant pour la parité ?
Clairement, oui. Parité, je n'aime pas du tout ce terme, je préfère mixité. Mais je suis en tout cas une féministe. Je me demande comment des femmes de ma génération peuvent ne pas être féministes. En 1964, j'avais 20 ans, j'ai du demander l'autorisation de mon mari pour avoir de droit d'exercer une activité profesionnelle, d'avoir un compte en banque.

Quelle différence faites-vous entre mixité et parité ?
Dans "parité", il y a une notion d'égalité qui me gêne. Nous ne sommes pas identiques. On ne fera jamais qu'une femme soit un homme et inversement. "Mixité" sous-entend que nous avons besoin des hommes et des femmes. On peut faire des choses ensemble tout en étant différents. Il ne faut pas chercher à avoir 50 % partout.

Vous n'êtes pas pour une législation instaurant des quotas hommes / femmes ?
Cela ne sert à rien. Il faut davantage une volonté d'individus pour faire avancer les choses, notamment dans certaines entreprises, certains partis politiques. Il faut accentuer plutôt dans ce sens. Les quotas en politique ne nous ont pas mené à grand chose.

Le site de la Compagnie des Femmes propose des dossiers sur des questions typiquement féminines : au-delà de la prestation de services, ne peut-on pas considérer qu'il s'agit d'un regroupement, d'une association de femmes ?
Il y a un peu de ça. Je suis partie de l'idée de faire une offre globale aux femmes. J'ai envie d'aller beaucoup plus loin que la simple proposition de produits. Par exemple, j'ai créé avec une amie une association pour faire de la formation pour les femmes. Mon action va beaucoup plus loin que mon activité. Je pense que des femmes qui ont eu une expérience dans différents domaine peuvent apporter des choses aux autres.

En quoi consiste cette association sur la formation ?
Les femmes sont très demandeuses de formation. Je sais que Roselyne Bachelot (l'actuelle ministre de l'Environnement, NDLR) était contre, en se demandant pourquoi les femmes devraient être davantage formées que les hommes, mais elles en expriment plus le besoin. Elle se sentent moins sûres d'elles que les hommes. Quand elles font des stages de formation mixtes, elles prennent moins la parole et sont moins à l'aise. On assure donc la partie "femmes" des formations dispensées par d'autres organismes : prendre la parole en public, gérer uine crise, comment mener une réunion... Aussi longtemps qu'il y a une demande, il y a des raisons de le faire.

Personnellement, est-ce que le fait d'être une femme a été une barrière dans votre carrière professionnelle ?
Au début de ma carrière, j'avais beaucoup de difficultés, mais je mettais ça sur le compte de la profession. Pendant très longtemps, je n'ai pas réalisé que c'était parce que j'étais une femme.

Et quelle fut la prise de conscience ?
Je vous cite un exemple qui m'a terriblement choqué. En 1984, j'ai créé un cabinet de courtage en réassurance, j'étais la seule femme à le faire à l'époque. Nous avons eu une conférence entre professionnels à Baden-Baden. Mes confrères m'ont d'abord déconseillé d'y aller, parce que c'était "réservé aux professionnels"... J'étais depuis 15 ans dans la profession ! Bien sûr, j'y suis allée quand même et là bas il n'y avait que des hommes. A déjeuner, il n'y avait que des tables d'hommes, j'étais seule à ma table, et à aucun repas un homme n'a songé à m'inviter à se joindre à eux. Pas un !

Les femmes aujourd'hui doivent concilier vie profesionnelle et vie familiale. Comment êtes-vous parvenue à le faire ?
Moi j'ai eu des jumeaux et une entreprise en même temps... J'étais aidée, parce que j'en avais les moyens, c'est vrai, mais j'ai aussi connu les problèmes de vacances, de maladies... comme tout le monde ! C'est vraiment l'enfer. On n'a plus un instant pour s'occuper de soi. Pendant un certain nombre d'années, on ne s'occupe que de son métier, de ses enfants, de son mari. De tout, sauf de soi même. Ce n'est qu'une fois que les enfants sont grands que l'on peut essayer de se retrouver un peu. Cette expérience est une des choses qui m'a poussé à créer la Compagnie des Femmes. Aujourd'hui, les femmes sont des femmes-orchestre qui doivent assurer sur tous les plans.

Voyez-vous une amélioration de cette situation à terme ?
Très peu. Les pouvoirs publics font tout pour renvoyer les femmes chez elles. Ils proposent des mi-temps, des temps partiels, tout ce qui permet d'écarter les femmes de leur activité professionnelle et de les renvoyer à leurs fourneaux. On dit qu'il faut allaiter son enfant le plus longtemps possible, l'élever soi même pendant les premières années... Les magazines féminins sont les premiers en cause. Tout converge vers ça. C'est de la désinformation. Le minimum serait quand même de dire aux femmes qu'elles sont libres de faire comme elles veulent, tout en connaissant les conséquences possibles de leurs choix. Quitter son emploi pour s'occuper de son enfant suppose de prendre le risque de se retrouver à 40 ans seule sans emploi, sans but parfois.

Quels sont aujourd'hui vos projets ?
A partir de janvier, je compte me développer dans les pays du Maghreb. C'est un nouveau challenge, les problèmes ne sont pas les mêmes que dans les pays européens. Ça me passionne, il y a encore plus de choses à faire, je pense. La Compagnie des Femmes se développe aujourd'hui sous forme de franchise. On développe des partenariats avec des courtiers pour créer des produits que nous distribuons, notamment par le biais d'Internet, sur le site www.comdesfemmes.com. Ce que je fais me passionne, donc je ne m'arrêterais que quand je serais fatiguée... L'idéal est de transmettre la Compagnie des Femmes à une jeune femme, qui ait de nouvelles idées. C'est mon rêve. A 60 ans, on a pas la même vision de l'avenir qu'une femme de 30 ou 40 ans, qui pourra apporter ses idées. Une fois cette personne trouvée, je passerai le flambeau.

 

 

SUR LE WEB
Le site de la Compagnie des Femmes
 
Propos recueillis par Céline Asselot
 
 
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