Ecart amoureux : je le dis à mon mec ?

Une pensée coquine pour le voisin, un ex qui nous titille le temps d'une photo Facebook, un nouveau collègue qui nous renverse au figuré (mais hier soir, on est passé au propre)... Tous ces écarts amoureux doivent-ils être avoués ? Mieux vaut-il rester dans le mensonge ? Pour faire le point, voici les quatre questions à se poser avant de tout déballer (ou pas). Avec Marie Andersen, psychologue.

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Oui, parfois, on dérape. Que ça dure une seconde et demi ou une nuit entière. On hésite à se confier à Gérard. Dans notre tête, le foutoir. Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ? Mentir, c'est pécher ? Dois-je le dire, pas le dire, à demi-mot ? Ai-je besoin de partager mon secret ? Comment va réagir Gérard ? Aimerait-il savoir quitte à être déçu ? Une cachotterie toute petite peut-elle être très grosse à ses yeux ? Bref, on fait quoi de tout ça ? On se pose et on aborde les quatre questions essentielles déroulées avec Marie Andersen, psychologue. Grâce à ces étapes, on y verra plus clair. Et puis, ça nous servira peut-être aussi demain et après-demain, et pas qu'en termes d'écarts amoureux. Qui sait ce que la vie nous réserve et quels petits secrets s'inviteront au bord de nos lèvres, hésitantes.

Le mensonge et moi, on en est où ?

"Le mensonge a une connotation négative", introduit Marie Andersen, psychologue. Cette idée nous vient de l'enfance : on doit tout rapporter à maman, de ce qu'on a mangé à la cantine jusqu'à nos notes du jour. Parce qu'elle le réclame. Parce qu'on ne doit rien cacher. Alors en grandissant, difficile de se détacher de cette "règle imposée" : mentir, c'est mal, surtout tout dire. Nous voilà tenues de faire les choses bien, de respecter la morale. Or, comme le rappelle la psychologue, le mensonge est une réserve qui nous protège d'une transparence soi-disant exigée : "Souvent, il est culpabilisant mais il n'a aucune raison de l'être. À quel titre devrais-je être transparent ? Qui m'y oblige ? Pour quoi faire ?" L'experte nous propose donc de nous détacher de la morale. Fini les "il faut tout dire". La première question que je me pose avant de dire la vérité à Gérard, de mon flirt de la veille aux avances de Brandon, c'est : est-ce que je tiens à la morale ? Est-ce qu'enfreindre "la loi" va me rendre malheureuse et me faire culpabiliser cent ans ? "La seule chose à retenir, nous dit Marie Andersen, c'est qu'avouer son mensonge à l'autre simplement parce qu'il faut, est une mauvaise idée." Pas de morale ou de devoir là-dedans. Sauf si nous, la morale, on y tient. L'essentiel, c'est de prendre en considération son besoin de parler à soi, hors morale, et notre partenaire, évidemment.

Quel est notre contrat de départ ?

Comme le rappelle la psy, les couples ont parfois un contrat de départ. Deux semaines qu'on se connaît, et voilà qu'on définit ensemble les règles : "On se dira toujours tout, hein ?", "Même si tu me trompes, je suis prête à l'entendre", "Tu n'as rien à me cacher, je comprendrai" ou encore, à l'inverse : "Moi, je ne veux pas savoir si une ex te rappelle". "Dès lors que ce contrat est instauré avec maturité, on le respecte", conseille la psy. Donc, on se pose la question de tout dire ou pas, face à notre mensonge et les règles définies à l'époque, qui peuvent réellement nous orienter si nous les avons décidées avec intelligence et non pas dans l'euphorie. Car parfois, les règles définies à l'époque sont jetées comme nos premiers tee-shirts au sol : on s'aime, c'est la fougue, l'extase, ce sera pour la vie nous deux, alors même pas peur des vérités qui font mal. On se sent à l'abri. Sauf que finalement, une fois dedans, les pieds dans la cachotterie et les yeux plantés dans celui de notre amoureux, on ne sait plus si parler ou pas. Que faire ? On réfléchit aux deux questions suivantes.

Ai-je besoin de lui parler ?

Ici, on s'interroge morale à part. On ne se demande pas si on doit parler, mais si on a besoin de parler. Est-ce que ce secret est trop lourd ? Est-ce que je ressens la nécessité de tout avouer, parce que je ne suis pas à l'aise avec mes actes ? Encore une fois, je distingue bien d'où vient mon malaise : de la morale collective ou de mon propre regard. Si ça se joue entre moi et moi, face à un mensonge bien précis que je ne veux pas entretenir cette fois, alors je le dis. Mais hors de question de le dire par obligation. Le gendarme, c'est moi ! On peut aussi ne pas ressentir le besoin de tout dire. Et tant mieux, parce qu'on a le droit. Donc je peux reconnaître que non, je n'ai pas besoin de parler à mon homme de mon dérapage. Le tout, c'est juste d'assumer. Je fais bien ce que je veux à condition d'assumer. Cela fait partie de mon jardin secret et je suis la seule à savoir ce que je peux mettre dans ce jardin ou dévoiler de ce jardin. Et j'en suis responsable.

Qu'est-ce que cela va entraîner dans mon couple et chez mon partenaire ?

Il n'y a pas que moi, dans un mensonge. Nous sommes deux dans l'histoire. Et si je me pose la question d'avouer ou pas, c'est que ma cachotterie concerne l'autre un minimum. Alors voilà : est-ce mon mensonge est un mensonge engageant ? Quelles seront les conséquences si je le dévoile ? "Une cachotterie anecdotique à nos yeux peut mettre le feu, l'autre ne recevra pas toujours la nouvelle avec la même distance que nous", précise l'experte. Tout dépend alors de notre partenaire et de l'accueil qu'il nous réserve. "On visualise le scénario", recommande Marie Andersen. Certaines personnes comprennent les mensonges, les dérapages, le besoin de cacher, d'autres moins. Jusqu'où veut-on bien aller dans la blessure ? Que va-t-on procurer ? A quel point l'autre va-t-il subir ? Car le risque, c'est de lâcher une vérité en se dédouanant : maintenant que j'ai tout dit, que j'ai été juste, propre, le problème n'est plus chez moi. C'est toi qui le récoles et qui vas devoir faire avec. "N'oublions pas qu'avouer quelque chose n'arrange pas forcément la situation", souligne la psy. Car si Tout s'arrange avec des mots, titre de son dernier ouvrage, ils sont essentiels lorsque le dérapage est su, que la tromperie est dévoilée à nos dépens. Alors on peut bien choisir de s'éviter… le pire.

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