Claire, 33 ans : "Nous faisons l'amour une fois par mois et ça va bien, merci"

Que se cache-t-il derrière un couple qui fait l'amour une fois par mois ? De la frustration, de l'ennui, de l'infidélité, des désaccords, une belle-mère chiante… ? Raté. Maël et Claire sont ensemble depuis 7 ans, ils font l'amour une fois par mois et ils vont bien. Témoignage qui tord le cou à un certain nombre d'idées reçues.

Claire, 33 ans : "Nous faisons l'amour une fois par mois et ça va bien, merci"
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Ce qui me donne envie de témoigner, c'est le regard presque admiratif de certaines amies quand je leur dis que Maël et moi, on ne fait pas souvent l'amour. Ce que j'entends par "pas souvent", c'est une fois par mois, voire deux. Et si ça me paraît peu, c'est parce qu'on vit dans une société qui nous impose de tenir un certain rythme sexuel, comme si faire l'amour tous les jours, ou le plus possible, garantissait un couple longue durée. Si on entrait dans l'intimité des gens – vraiment, on s'apercevrait peut-être qu'ils font l'amour une fois par mois et que ça leur convient. Que c'est satisfaisant. Qu'ils n'attendent pas davantage, qu'ils ne doutent pas de leur amour, qu'ils ne sont pas frustrés et qu'ils n'ont pas perdu leur joie de vivre et leurs cheveux. Ce qui m'agace, c'est que nos habitudes sexuelles avec Maël interrogent parce qu'on vit dans un monde où il est important d'être performant, d'avoir un gros zizi et plein d'orgasmes.

"J'ai un appétit sexuel normal"

J'ai toujours considéré que mon désir sexuel était classique. Cela ne m'a jamais inquiétée. J'ai parfois envie de faire l'amour, parfois non. Ça dépend des périodes, de mes règles, de la journée que j'ai passée, de mon état de fatigue… A chaque fois que j'ai été en couple, c'était ainsi. Il arrivait que l'on fasse l'amour plusieurs fois par semaine, surtout au début, puis moins. Une fois par semaine, jusqu'à une fois par mois. Tout dépend aussi de l'autre, de sa libido à lui. J'ai connu des garçons bourrés de désir. C'est communicatif. Dans ces cas-là, nous avions un rythme plus important. Cependant, ils m'écoutaient aussi et ne me forçaient jamais. Selon moi, chaque couple s'ajuste, apprend à se connaître et établit des codes. Le bon moment est parfois le dimanche avant la sieste, parfois le vendredi soir pour fêter le week-end, ou en semaine quand l'un rentre de soirée un peu éméché. Les rendez-vous tacites ne tuent pas un couple. Pour moi, ils renforcent la complicité.

"On vit dans un monde où il est important d'être performant, d'avoir un gros zizi et plein d'orgasmes"

J'estime que Maël a également un appétit ordinaire. Comme moi, son désir est assez dépendant de son humeur (moins de ses règles). On dit souvent que les mecs ont toujours envie, qu'il pleuve, vente ou neige. C'est peut-être vrai dans certaines clairières, mais j'ai rarement connu ça. Nous ne sommes pas des machines. Tous les deux, nous avons donc trouvé notre rythme. Et ça nous va parfaitement. Je suis sûre que certaines personnes pensent que l'un de nous deux est frustré (lui, tant qu'à faire), mais nous en avons déjà parlé. Et nous allons bien. Notre truc à nous, c'est le week-end. Parce qu'on se sent détendus et complètement disponibles. J'imagine que c'est pour beaucoup de monde pareil. La semaine, c'est rare. Ce n'est même pas qu'une question de temps, mais surtout de fatigue. Le soir, j'ai envie qu'on se câline devant une série, qu'on se raconte nos journées et les potins. Parfois, on va au sport. On est crevés en rentrant. Mais on s'en fiche, on a été complices sur le terrain de tennis et on a profité d'être ensemble.

"Nous avons toujours du désir mais il s'exprime moins souvent"

Quand nous nous sommes rencontrés, nous faisions l'amour à chaque fois qu'on se retrouvait. Dit comme ça, ça fait beaucoup. Sauf qu'on se voyait deux fois par semaine, plus ou moins. Ce n'était pas quotidien, mais en effet, ça aurait pu l'être. Évidemment, j'avais envie de Maël en permanence. Je dirais que la fréquence de nos rapports s'est espacée quand nous avons aménagé ensemble, au bout d'un an et deux mois. Mais le fait que le désir s'amenuise ne m'a pas dérangée. Du moins, le désir est toujours présent, mais il s'exprime moins souvent. Les rapports sexuels qui disparaissent au compteur font place à autre chose. J'aime le quotidien et même si le sexe n'est pas au premier plan, je ne vois pas en quoi il y a un problème. Tant que l'on se sent bien, il n'y en a pas.

"Etre capable de dire "demain" est une bonne chose"

On ne compte pas nos nombre de rapports sexuels. Forcément, on remarque que oui, c'est moins qu'avant. Parfois l'un s'endort avant l'autre. Parfois on se dispute et le sexe n'est pas notre monnaie de réconciliation. Mais c'est comme ça. Il nous arrive d'en parler, de se dire en plaisantant : deux semaines sans, dis donc, t'es disponible à 15h ? Et on fait l'amour.

Parfois, il arrive qu'on ait envie de faire l'amour, mais ce n'est ni l'endroit ni le moment. La rue, chez ses parents, un pote qui dort dans le salon… Parfois, c'est juste la flemme, ou les chaleurs estivales insupportables. Alors on se dit que ce n'est pas grave, et qu'on fera ça demain. Le lendemain, on ne fait pas forcément l'amour, mais au pire, ce n'est toujours pas grave. J'ai souvent entendu que les couples ancrés dans la routine repoussaient les rapports en pensant avoir le temps. Au risque que le temps passe et que les rapports s'estompent. Pour l'instant, le temps passe pour mon couple, mais les rapports ne s'estompent pas, car depuis six ans il en est ainsi. Je me fais peut-être des illusions. Mais moi je trouve qu'être capable de dire "demain" est une bonne chose. C'est se dire qu'on a l'opportunité, c'est aussi la preuve qu'on communique. Remettre le rapport à plus tard n'est pas de la procrastination. Ce n'est pas un dossier de travail, il n'y a aucune obligation, aucun compte à rendre. On se sent bien plus libres et légers ainsi.

"Chaque rapport sexuel est une nouvelle découverte"

Faire moins souvent l'amour avec le temps et conserver un rythme comme le nôtre, ça ne veut pas dire qu'on s'ennuie au lit et qu'on ne ressent rien. Au contraire, je trouve que chaque rapport ressemble à des retrouvailles. On redécouvre une peau, la couleur d'un regard en pleine jouissance, les caresses qu'on adore, le corps contre lequel on se sent bien. C'est en ça que ça se discute : si beaucoup pensent que faire l'amour deux fois par mois est synonyme de routine, j'ai envie de dire que faire l'amour tous les jours l'est aussi. Se retrouver de temps à autre rend l'acte sexuel tout aussi beau et précieux qu'un rapport quotidien.

"Nous n'avons pas fini de nous découvrir"

Ce rythme ne nous a pas empêchés d'aller vers de nouvelles pratiques et de nouvelles sensations. Première sodomie au bout d'un an, jeux de soumission ensuite, pornos regardés ensemble, et puis sextoys… Nous allons sur de nouveaux terrains, spontanément, sans jamais chercher obligatoirement à se renouveler. Tant mieux. Nous n'avons pas fini de nous découvrir et d'explorer notre complicité sexuelle. Et si un jour nous arrivons au bout, je serai certainement déçue de constater que nous avons fait le tour, mais je ne nous accuserai pas de ne pas avoir davantage entretenu un soi-disant rythme. Ce serait moche de s'y coller pour se préserver alors qu'on se sent bien. Alors oui, si un jour ça devient ennuyeux, ou chiant, ou qu'en sais-je, je me dirais simplement que nous avons été qui nous sommes et qu'il n'y avait pas à faire mieux.

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