Emmanuelle, 39 ans : "Quand je l'imagine faire l'amour avec une autre, je jouis plus facilement"

Depuis un rêve érotique, Emmanuelle fantasme sur le candaulisme. Imaginer son partenaire faire l'amour à une autre femme est pour elle source d'excitation. Il y a cinq ans, elle a rencontré Cyril qui partage ce même fantasme. Comment jouent-ils de cette pratique sexuelle sans la réaliser ? Confidences.

Emmanuelle, 39 ans : "Quand je l'imagine faire l'amour avec une autre, je jouis plus facilement"
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Je fantasme sur le candaulisme, une pratique sexuelle qui consiste à regarder son partenaire faire l'amour avec une autre personne. Dans mes rêveries, j'aime sentir que Cyril ne m'appartient plus. Je suis dépossédée de lui tout en étant fière d'être sa compagne. Concrètement, je l'imagine toucher une femme qui ressent du plaisir sous ses caresses. Visualiser ce genre de scène m'excite énormément. Je ressens une jalousie exacerbée, mais j'ai toujours cette sensation rassurante qu'on est dans l'image, pas la réalité. L'autre femme ressemble au type de femme qu'il aime. Parfois ce sont des visages connus, j'essaie d'éviter, c'est dangereux, mais parfois les images viennent d'elles-mêmes et je les laisse venir. J'essaie d'éviter de jouer avec le feu.

"Mon fantasme est né d'un rêve érotique lorsque j'avais 22 ans"

Je pourrais presque donner une date de naissance à mon fantasme : il a débarqué il y a presque vingt-ans – j'en avais 22 - un matin. Je sortais d'un rêve érotique pendant lequel j'avais observé mon compagnon faire l'amour avec une autre femme. Je ne me souviens pas de grand-chose, seulement d'être sortie de ce rêve comme on s'extrait d'un cauchemar : assez soudainement. A la seule différence que je n'ai pas ressenti un grand soulagement, mais plutôt une grande excitation et beaucoup de jalousie.

Après ça, j'en ai discuté à mon mec de l'époque qui n'a pas réagi. J'attendais un "merde ça craint !" ou un "wahou, génial !", mais il est resté muet, effacé, sans avis… ça m'a refroidie et déçue. Je lui en ai reparlé par la suite, mais c'était toujours sans effet. A cette époque, je ne connaissais pas la sensation de l'orgasme, mais j'avais joui dans mon rêve. Alors je me suis surprise à aller chercher ce type d'images ensuite pendant nos rapports sexuels afin d'obtenir le résultat voulu : la jouissance. Et ça marchait à tous les coups. J'ai toujours assumé, je ne me suis jamais dit que c'était étrange ou glauque, puisque ça me faisait du bien et m'apportait de nouvelles sensations.

"Cyril m'a confié avoir le même fantasme que moi"

Je n'ai pas mis de mots sur cette pratique fantasmée. Je ne savais pas encore que ça s'appelait du candaulisme. Il a fallu attendre plus de dix ans pour ça. Dix années pendant lesquelles j'ai rencontré d'autres hommes sans oser en parler. Simplement, j'y pensais, j'avais toujours des images mentales pendant le sexe ou pendant la masturbation, ça me plaisait et m'aidait à jouir, comme un support. Mais quelque chose m'empêchait de me dévoiler.

"Cyril prend du plaisir à m'imaginer avec un autre homme et moi je prends plaisir à l'imaginer avec une autre femme"

Et puis Cyril a débarqué dans ma vie. J'avais 34 ans. Je ne sais pas comment expliquer la complicité immédiate entre nous. On s'est sentis très à l'aise, très vite. Notre relation allait être sérieuse, je n'avais aucun doute. Et au lit, une véritable magie opérait. On s'est raconté nos fantasmes, naturellement, au bout de quelques semaines. Et il m'a confié avoir le même que moi. Je ne m'y attendais pas du tout. Il a mis un nom sur ce qui me plaisait tant dans mes songes. Il était renseigné.

Cyril prend du plaisir à m'imaginer avec un autre homme et moi je prends plaisir à l'imaginer avec une autre femme. On s'est plutôt bien trouvés. Parfois, on partage les images qu'on a dans la tête pendant l'amour. On se décrit les choses et ça fait grimper l'excitation. Il arrive aussi qu'on n'échange pas sur le sujet, voire qu'on n'y pense pas du tout. On peut se faire l'amour sans avoir besoin d'appeler notre fantasme. Néanmoins, je jouis moins facilement dans ces cas-là. Mais la jouissance n'est pas un but en soi. J'ai du plaisir à faire l'amour avec l'homme que j'aime.

"On s'appuie sur des vidéos pornographiques pour vivre nos fantasmes"

Peut-être une fois sur deux ou trois, on lance une vidéo pour vivre nos fantasmes ensemble. C'est notre petit jeu, notre détour, notre moyen de le vivre sans réellement se lancer. Les films pornos nous donnent le sentiment qu'on est plusieurs dans la pièce. La différence avec la réalité, c'est que dans notre cas, il n'y a pas de spectateur : aucun de nous deux ne regarde l'autre se toucher devant une vidéo. Ça pourrait être ainsi si on jouait d'abord la scène de son fantasme (il me regarderait m'exciter devant une vidéo) puis le mien (je le regarderais s'exciter à son tour). Disons que ça pourrait être un préliminaire purement visuel, mais ce n'est pas comme ça qu'on vit au mieux notre plaisir. Nous faisons l'amour simplement, l'amour "sur fond de". Et c'est terriblement excitant.

"C'est un échange, pas de l'individualisme"

A l'écran, il y a un homme et une femme, donc Cyril fantasme autant que moi sur la même situation : il imagine que la femme c'est moi, que l'homme est l'homme qui me fait l'amour et moi j'imagine l'inverse : l'homme c'est lui, avec une autre femme. Il n'y a pas des vidéos pour lui et des vidéos pour moi. On préfère partir d'une situation commune où chacun ira chercher son fantasme. Ce n'est pas chacun sa vidéo, chacun sa jouissance, pas du tout… La seule vidéo ne nous contente pas : Cyril a besoin de sentir mon plaisir et moi aussi, donc nous nous caressons en même temps. Il y a une forme de communion et de partage du fantasme sinon on ne prend pas notre pied. C'est un échange, pas de l'individualisme.

Si nous ne faisons pas toujours l'amour dans ces conditions, c'est pour préserver de notre fantasme. Disons que nous aimons laisser monter le désir pour ce genre de moment. Le reste du temps, nos rapports sont tout aussi agréables. C'est un autre plaisir, une autre connexion. C'est un peu moins bestial. Un peu plus tendre. Disons qu'il n'y  pas d'autres personnes – fictives – et qu'on vit cet acte sexuel comme des retrouvailles intimes et amoureuses.

"Je ne suis pas prête à réaliser ce fantasme"

Nous n'envisageons pas de réaliser notre fantasme et ne comptons pas le faire. Du moins, ce qui bloque, c'est moi. Pour plusieurs raisons. Si nous avions à le réaliser, il me regarderait d'abord, je le regarderai ensuite, ou l'inverse. Réaliser "son" fantasme, donc faire l'amour avec un autre, j'en aurais envie pour lui faire plaisir, mais j'ai d'emblée cette sensation que je le trahirais, malgré le consentement. On a beau savoir que l'autre en a envie, ce n'est pas simple, j'imagine, d'entrer dans ce rôle. Vouloir le voir lui, et vouloir être vue, ce n'est pas la même chose. 

"Vouloir le voir lui, et vouloir être vue, ce n'est pas la même chose

Et puis, j'ai trop peur de la réalité, de la jalousie, la vraie, et de ne pas assumer le passage à l'acte. Cyril serait davantage prêt, mais ce n'est pas du tout à l'ordre du jour. Ce le sera peut-être jamais. Il n'attend pas que ça et ne me force pas du tout. Nous avons trouvé notre terrain, notre façon de jouer et de prendre notre pied ensemble, sans frustration. Je pars du principe qu'un fantasme doit rester un fantasme. Et là, ça m'arrange vraiment. Mais c'est la vérité. Rien n'oblige à sauter le pas du réel, alors même que nous fantasmons sur la même pratique, avec des rôles néanmoins différents. On pourrait tout à fait se dire que c'est l'occasion de pimenter notre vie sexuelle, d'oser un truc plus fou, mais selon nous, c'est déjà le cas. Ce fantasme a renforcé notre complicité et notre entente sexuelle. Et puis franchir le pas, c'est prendre le risque de perdre en magie. Peut-être serions-nous déçus, ou tout à fait surpris. C'est cette incertitude qui nourrit le fantasme et le rend aussi excitant et agréable. Ne pas savoir à quoi ressemble la réalité du candaulisme nous permet de nous amuser sans limite.

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