En coloc' avec un autre couple, notre vie sexuelle intrigue

Sandra et Grégoire ont 34 ans. Ils vivent en couple avec un autre couple. Un quotidien qui a ses avantages, mais qui intrigue. Font-ils encore l'amour ? Comment rester discrets ? Et si ça finissait en plan à 4 ? Pour nous, Sandra témoigne et nous révèle les dessous de leur intimité.

En coloc' avec un autre couple, notre vie sexuelle intrigue
© 123RF - georgerudy

Grégoire et moi nous sommes installés avec Benjamin et Carole – un couple d'amis – il y a trois ans. Nous venions d'avoir un enfant et Carole est tombée enceinte juste avant le déménagement. Nous étions séduits par l'espace, l'avantage financier, l'idée d'une maison agitée, pleine de joie. Notre mode de vie me convient parfaitement mais je sais qu'il en intrigue plus d'un, notamment sur la question de la sexualité.

"Mais ça va finir en plan à 4, votre truc !"

Mes collègues s'interrogent quand ils comprennent que je suis en coloc. Tout de suite, on me demande si ça se passe bien. Et très souvent, j'entends : "Mais ça va finir en plan à 4 ?" Ou encore : "Tu n'as pas peur que ton mari tombe amoureux de Carole ?" Je ne m'étais honnêtement jamais posé la question. C'est marrant comme dans la tête des autres, vivre à deux couples est synonyme de mélange amoureux ou sexuel et de secret bien gardé. Pourtant, nous vivons bel et bien chacun de notre côté ! Et nous ne nous privons pas de gestes tendres en couple, les uns devant les autres. Je pensais davantage être gênée au départ, comme si dévoiler une caresse en public prouvait que oui, on se touche et que parfois on fait l'amour… sous un même toit ! Parce que le sexe est en effet un sujet. D'ailleurs, je sens bien que c'est une question qui démange les gens. Mais ils n'osent pas nous questionner. Mes amis proches m'ont déjà demandé si cela freinait nos rapports. Notre intimité sexuelle intrigue.

"Savoir qu'ils font plus l'amour que nous, ça me complexe"

Nos chambres sont concomitantes. Nous avons éloigné notre lit le plus possible de la cloison. Je n'ai jamais entendu mes coloc faire l'amour. Pourtant je sais que pendant la grossesse, Benjamin avait un fort désir sexuel. Et même après l'accouchement. Ils ont repris assez vite. C'est Carole qui me le confiait, parce qu'avant d'être coloc, nous sommes amies ! J'avoue, il m'est arrivé de tendre l'oreille, sans savoir si les ronflements de leur petite, plutôt bruyants, ne masquaient pas une étreinte. Mais je n'ai jamais eu de preuve ! Bien sûr, je ne peux pas m'empêcher de les observer. Par exemple si Carole descend les cheveux ébouriffés, le jogging à l'envers… Je me dis qu'ils se sont amusés. Je sais que ça ne sert à rien, mais c'est comme ça.

"Je me comparais, c'était plus fort que moi"

De notre côté, il nous a fallu au moins un an et demi pour refaire l'amour après mon retour de couche. Si bien que durant les premiers mois de coloc, on ne faisait rien. Grégoire n'était pas demandeur, et je ne le vivais pas très bien. Et Carole qui me disait que eux, ça y allait, même enceinte, même après… ça me faisait quelque chose. Je me comparais, c'était plus fort que moi. Comme on le fait avec des copines, sauf que là, j'avais tous les jours sous les yeux deux personnes qui, a priori, faisaient l'amour régulièrement. Alors je me demandais : pourquoi elle, pourquoi pas moi ? Quelque part, ça envenimait les disputes entre Grégoire et moi. Je ne disais rien, mais j'étais davantage frustrée quand on discutait de ça.

Même au quotidien, ce jeu des sept erreurs persiste. Benjamin est quelqu'un qui se plie en dix pour sa nana. Alors quand il lui prépare un bon petit plat parce qu'elle a une envie précise, je me sens piquée de jalousie. Pourtant, je ne l'envie pas. Benjamin n'est pas du tout mon type d'homme et je suis heureuse avec Grégoire. Il a de grandes qualités, mais forcément, je vois parfois ce qu'il n'est pas.

"Nous gardons une part de contrôle quand nous faisons l'amour"

Nous faisons de nouveau l'amour depuis peu. Nous sommes ensemble depuis douze ans, on n'est pas non plus porté sur le sexe non-stop. Mais quand c'est le cas, la présence des colocataires nous oblige à la discrétion. Nous sommes connectés à notre plaisir mais nous craignons de faire du bruit. Je ne trouve pas que ce soit invivable, bien qu'il faille garder une part de contrôle. Si nous sommes en plein acte et qu'on entend un coloc se lever pour aller aux toilettes, alors on arrête tout. Du moins, on ralentit. Les premières fois, Grégoire était plutôt anxieux, mais désormais ça va. Peut-être que sa peur d'être surpris et entendu n'était qu'une excuse pour planquer son manque de désir pour moi. Je le sens désormais plus détendu.

"Le risque d'être pris en flagrant délit est plutôt excitant"

Bien sûr, quand les colocataires s'absentent, on se lâche davantage. Sans prévoir les rapports, on sait très bien qu'une fois la porte claquée, nous allons nous retrouver. Et c'est vrai, l'acte est souvent plus puissant. Mais si nous avons très envie l'un de l'autre et que Carole et Benjamin sont là, alors il nous arrive d'opter pour la mezzanine, où ils se rendent rarement. Ou pour le sous-sol… Le risque d'être pris en flagrant délit est plutôt excitant. L'interdit apporte du piment.

En tout cas, le sexe n'est pas un souci. Je serais beaucoup plus gênée d'imaginer que notre fils nous entend. Au pire, les coloc ne sont que des coloc, des gens de notre âge. Ce ne sont pas mes parents !

Depuis quelques mois, nous avons repris les rapports comme "à l'époque", avant la grossesse. Et je crois que la vie en colocation ne change pas notre rythme sexuel. Simplement notre façon de faire, plus douce et silencieuse. L'intimité sexuelle ne serait pas un motif de déménagement. Ce n'est pas pour ses raisons que nous arrêterions la coloc ! Pour un deuxième enfant peut-être. Et on sait où on le fera…

Propos recueillis par Caroline Michel

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