Gaëlle, 30 ans, connaît son mec depuis ses 3 ans : "On cherche souvent l'évidence sans la voir"

Gaëlle, 30 ans, est en couple depuis sept ans avec Quentin. Une histoire qui aurait pu démarrer bien plus tôt : les deux se connaissent depuis leur tendre enfance. Seulement, ils ne se regardaient pas, ou peu. A travers son témoignage, la jeune femme nous rappelle que l'expression "chercher l'amour" nous éloigne parfois des hommes qui sont là, sous nos yeux...

Gaëlle, 30 ans, connaît son mec depuis ses 3 ans : "On cherche souvent l'évidence sans la voir"
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Quand on me demande où j'ai rencontré Quentin, j'ai beau connaître la réponse, elle n'a rien à voir avec "une rencontre amoureuse" et un début de relation. Et pire, je ne me souviens de rien. La première fois que je l'ai vu, il avait quatre ans. Moi, j'en avais trois. C'était au cœur d'un petit village, à trente bornes d'Orléans. Quentin et sa famille arrivaient de Lille et s'installaient dans ma rue. Nos parents ont rapidement sympathisé. Aujourd'hui, ils sont les seuls à pouvoir nous raconter nos premiers instants l'un avec l'autre.

"Gamins, nous prenions des bains ensemble"

Nous allions à l'école maternelle ensemble. Généralement, ma mère nous conduisait le matin. Le soir, son père venait nous chercher. Nous prenions le goûter ensemble, chez lui. Certaines photos vont plus loin : nous prenions des bains. Il arrivait que mes parents rentrent tard du travail et que je reste une bonne partie de la soirée chez Quentin.

Et puis, j'ai eu un petit frère. Lui aussi. Deux petits frères qui avec l'âge sont devenus copains. Ce qui m'étonne encore, c'est que ces deux-là ne se sont jamais lâchés et sont devenus les meilleurs amis du monde. Alors que Quentin et moi, nous nous sommes "perdus de vus" dès le collège. Entre guillemets, parce que nous vivions dans la même rue et que nos parents organisaient des déjeuners, des dîners et que fatalement, on se croisait.

"Quentin était tellement là qu'il ne comptait pas"

Au collège, j'avais ma bande de copines et il avait sa bande de copains. Quentin était "un de mes voisins" et rien d'autre. Il était tellement là qu'il ne comptait pas plus que ça. Moi, à douze ans, treize ans, j'avais soif de découvertes, je voulais devenir grande, je guettais mes règles et ma première pelle. Une de mes amies me disait souvent : "Ton voisin est trop beau, pourquoi tu ne sors pas avec lui ?. Et moi je répondais : "Mais c'est mon voisin, tu es folle !"

J'ai donc échangé ma première pelle l'année de ma troisième avec le beau garçon du collège. Et j'étais fière. J'ai même été plus loin avec ce garçon : nous sommes sortis ensemble jusqu'à la Première.

Si je n'envisageais pas Quentin, c'est justement parce qu'entre nous deux, il n'y avait pas eu de premiers regards, de premiers mots échangés. Vous voyez, ces premières secondes où tout se joue, durant lesquels on se fait un avis. Est-ce qu'il me plaît physiquement ? Est-ce qu'il me fait rire ? Avec Quentin, c'était bien trop diffus.

"Parfois, je me demandais s'il avait une copine"

Au lycée, je trainais donc avec mon petit copain et ma bande . Quentin n'était plus dans les parages, il était parti dans un autre lycée, spécialisé dans le sport. Accro à l'athlétisme et au football, il rêvait de faire carrière dans les muscles.

On se voyait le week-end avec nos parents. Il discutait beaucoup avec les adultes. Il est plutôt discret, dans son monde. Parfois, je me demandais s'il avait une copine. Disons que ça m'intriguait parce qu'il parlait davantage de ses cours et puis de politique, d'Histoire... Moi, mon sujet de conversation préféré, c'était l'amour. Je trouvais ça étrange qu'à son âge, il n'ait pas l'air préoccupé par la rencontre amoureuse (et la drague sur MSN). 

Quand on parlait de lui avec mes copines, on se moquait, j'avoue. Elles le nommaient "l'intello aux biceps".  Mais il ne fallait jamais trop se moquer. Mon instinct protecteur se réveillait toujours. On avait beau pensé, avec les copines, qu'il ne ferait "jamais l'amour", je n'étais pas toujours à l'aise de les entendre rire.

"Il n'était plus un petit garçon"

Un jour, il a ramené une fille. J'étais en terminale et séparée de mon beau garçon (et qu'est-ce que j'étais triste), lui était déjà à la fac, à Orléans. J'ai vu sa copine un samedi soir, à l'anniversaire de sa mère, que nous fêtions tous ensemble. Je dois dire que ça m'a fait un truc. Déjà il m'en bouchait un coin. Je l'ai regardé autrement. Il n'était plus le petit garçon avec qui je partageais le goûter gamine. Il était un homme. Et ça m'a fait tilt. Il fallait qu'il soit convoité par une autre pour que j'atterrisse.

Je suis tombée amoureuse. Certainement pour les mauvaises raisons : je n'avais plus personne à qui penser, je ne rencontrais aucun garçon et j'en avais un sous les yeux avec qui les choses pouvaient être jolies. Je me voyais déjà raconter à mes copines que "je suis avec le voisin" et que "nos parents s'adorent". Du style ! J'ai passé des heures à rêver de lui, à écrire dans mon journal intime que le "petit voisin devenu grand" était l'homme de ma vie. Bref, j'avais dix-huit ans et tout ça n'existait que par écrit. Je n'osais pas lui parler, pas l'approcher. Soudainement, il m'impressionnait.

"On se connaissait depuis vingt ans, mais on ne savait rien l'un de l'autre"

La bonne nouvelle, c'est qu'il a fini par se séparer de sa copine après deux ans d'histoire. La moins bonne, c'est qu'ils ont rompu parce que Quentin partait en stage à l'étranger. En trois ans, je l'ai vu sept ou huit fois, quand il passait quelques jours en France. Il est sorti de mon esprit, j'ai rencontré d'autres garçons à la fac, j'ai fait ma vie, j'ai oublié, même s'il m'arrivait d'y penser avec nostalgie. Quelque fois, quand ses parents me donnaient de ses nouvelles, je me demandais si je n'avais pas loupé le coche.

Et puis il est rentré définitivement en France. Il avait alors 24 ans, moi 23. Grosse fête de retour avec nos petits frères et des amis à lui. Nous avons beaucoup parlé tous les deux ce soir-là. Plus que jamais, même ! Je ne le regardais plus tellement avec amour, mais je me disais qu'il deviendrait un très bon copain. Finalement, on se connaissait depuis vingt ans, mais on ne savait rien l'un de l'autre. Il m'a raconté son stage, la vie à Stockholm, ses envies pour demain. Il m'a posé un tas de questions sur mes études. Peut-être que notre première rencontre a eu lieu ce jour-là. C'est ce qu'on se dit souvent. On se regardait autrement, on se regardait avec désir, comme deux adultes qui ont désormais vécu un minimum pour montrer cette facette d'eux.

"L'évidence fait rêver tout le monde, mais quand elle est là, on la trouve louche"

La semaine qui a suivie, il m'a proposée de l'accompagner à Orléans. Il avait des courses à faire et puis il se cherchait un appartement. Il voulait arpenter la ville, se projeter dans certains quartiers plutôt que d'autres. Nous avons passé une excellente journée, la première d'une longue série.

Nous avons échangé notre premier baiser le soir de sa crémaillère. Symboliquement, nous "quittions" le nid, enfin surtout lui. Il l'avait déjà quitté en partant en Suède, mais cette fois, il ne rentrerait plus vivre chez ses parents. C'est ainsi que notre histoire a démarré. On est partis dans un fou rire après s'être embrassés. Il y avait de la gêne, je crois. Peut-être étions-nous surpris de ne pas l'être. 

C'est drôle de regarder derrière. De se dire que nous étions là, côte à côte, mais qu'on ne se voyait pas. Nous étions trop jeunes, et je suis persuadée que flirter au collège ne nous aurait pas amenés où nous sommes aujourd'hui. Nous avons attendu, quelque part, d'être adultes, de faire les choses pour de vrai. Nos frères sont ravis pour nous. Ils sont même "fans" de notre histoire. Une histoire qui a déjà sept ans, à moins qu'elle en ait presque trente. L'homme de notre vie est parfois sous nos yeux, il suffit de les ouvrir au bon moment. Je crois, qu'au fond, on ne regarde jamais les hommes qui gravitent autour de nous. Ils sont là, mais pas vraiment, on les occulte, pour la simple et bonne raison que c'est "trop facile". Comme si l'amour était question de défi, de recherche, de se battre. L'évidence fait rêver tout le monde, mais quand elle est là, on la trouve louche. 

"Nous nous sommes choisis par amour"

Souvent, les gens que nous rencontrons ont le sentiment que nous n'avons rien vécu. Oui, nous nous sommes mis ensemble jeunes (et encore). Mais avant, nous avons papillonné comme ça se fait au collège, au lycée et même à la fac. Et je m'en fiche pas mal que nos expériences passées ne soient pas plus gonflées que ça. Certains disent aussi que nous n'avons pas été chercher bien loin, comme si nous nous étions choisis "par défaut". C'est faux. Nous nous sommes choisis par amour. Il se trouve simplement que la vie n'a pas attendu des plombes pour nous mettre sur la route l'un de l'autre. C'est un peu magique, c'est vrai. Et ce n'est pas parce qu'on a partagé une bonne partie de notre enfance que nous avons déjà tout vécu. Il nous reste une vie entière à partager.

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