Chloé, 29 ans : "J'ai été amoureuse de mon meilleur ami gay pendant 6 ans"

Lorsque Chloé est tombée sous le charme de Florian, elle n'a pas su tout de suite qu'il était gay. Ce n'est que quelques mois plus tard qu'elle a découvert son homosexualité. Une relation impossible qui a duré des années. Elle nous raconte.

Chloé, 29 ans : "J'ai été amoureuse de mon meilleur ami gay pendant 6 ans"
© 123RF

J'ai rencontré Florian en 2011 au travail, lors d'un remplacement. On s'est tout de suite très bien entendus. S'en est suivi un ajout sur Facebook et des conversations interminables sur Messenger lorsque j'ai terminé ma mission professionnelle. Je ressentais une certaine attirance pour lui, les sentiments sont nés, je les imaginais réciproques. Pour moi, on en était au stade de la séduction. Il était mystérieux, il m'intriguait. Je percevais quelque chose de spécial chez lui. Sans doute son homosexualité...

"Rien ne m'indiquait que je faisais fausse route"

Florian ne faisait jamais allusion à son homosexualité. D'abord parce qu'on s'est connus dans un cadre professionnel. Ensuite, parce qu'il n'assumait pas complètement. Il vient d'une famille catholique et ses deux grands frères sont mariés. Dans ce contexte, il ne trouvait pas la force de se révéler tel qu'il est vraiment. Même auprès de ses amis d'enfance. 

Alors non, je n'ai rien senti, rien vu venir. Rien ne m'indiquait que je faisais fausse route. Il était célibataire, j'en avais la certitude. J'allais parfois déjeuner chez lui, il n'y avait aucune trace de vie à deux dans son appartement. Je faisais tout pour que notre histoire avance. Je lui tendais un maximum de perches quand on discutait en ligne. Et ça fonctionnait, ça prenait. Notre complicité était de plus en plus palpable et notre relation surtout virtuelle au départ. On se voyait de temps en temps seulement.

Un samedi, on a passé la soirée chez des amis. On se connaissait depuis deux mois. J'avais une heure de voiture pour rentrer chez moi. Il était tard, Florian m'a proposé de dormir chez lui. Je me suis dit : "on y est, c'est le grand soir". Et puisqu'il avait la flemme de déplier son clic-clac, il m'a dit que je n'avais qu'à partager son lit. Seulement, il ne s'est rien passé. Rien du tout. Certes, je n'ai rien tenté. J'ai d'abord pensé qu'on n'osait pas, mais j'ai commencé à douter. Un truc clochait.

Dès le lendemain, j'ai fouillé son profil Facebook. Il me fallait des infos. J'ai trouvé parmi ses amis beaucoup de mecs qui appartenaient à la communauté LGBT. Puce à l'oreille. J'ai décidé de lui en parler. J'avais peur, évidemment. Je ne voulais pas le vexer ou le bousculer. Il m'a répondu, sans détour, que oui, il était gay. Déception.

"Il y a eu un rapprochement physique"

Cependant, j'étais sûre d'une chose, sûre d'une attirance réciproque entre nous. Florian avait un comportement ambigu envers moi, je ne l'ai pas inventé, pas rêvé.

A partir de là, on a continué à beaucoup discuter online. On a commencé à se voir davantage. Avec toujours cette limite en tête : notre histoire n'est pas possible, Florian aime les hommes. Pourtant, il me faisait des déclarations enflammées. "Tu me manques, tu me touches, j'ai envie de te voir…" Ça a duré ainsi des années. On s'est même rapprochés physiquement. Un soir, ça a dérapé. Nous n'avons pas couché ensemble, mais poussé les préliminaires. Est-ce que j'y ai cru ? Peut-être un peu, oui. Il a pris du plaisir et moi aussi, beaucoup. Les femmes n'ont jamais laissé Florian indifférent. J'ai pensé qu'il avait encore besoin d'explorer sa sexualité.

J'ai très vite compris que ce rapprochement physique n'avait rien débloqué, au contraire. On était amis, notre lien était très fort, étonnant, indéfinissable, peut-être même amoureux. Mais Florian n'était pas disponible à notre histoire. C'est lui qui m'a dit un jour que ce ne serait jamais possible entre nous : "J'aurais besoin d'aller voir ailleurs, je ne pourrais jamais être exclusif avec toi." J'étais prête à accepter une relation libre, lui m'assurait que je n'allais pas le supporter sur le long terme. Chaque discussion de ce genre me blessait davantage.

J'ai compris que rien ne changerait. Florian a mis beaucoup de temps à s'avouer son homosexualité. Il me semblait qu'après tout ce cheminement, ce travail, il n'était pas envisageable pour lui de se poser de nouvelles questions. Comme si, engagé dans une direction, il n'allait pas tergiverser à nouveau, faire demi-tour, revoir ses plans. Il m'a souvent dit que je me faisais des films. Il se persuadait de quelque chose, sans vouloir reconnaître son comportement. Sauf que Florian était abonné aux actes manqués. Du genre "j'ai oublié mon pyjama" quand on dormait ensemble.

"Je vivais une relation affective sans vivre une relation amoureuse"

Malgré l'impossibilité de notre relation, nous sommes partis trois semaines au Brésil. Tous les deux, juste tous les deux. On dormait ensemble, riait ensemble, s'extasiait ensemble. Deux êtres fusionnels. Quand on me demandait si j'avais quelqu'un dans ma vie, la réponse n'était pas "oui". Mais elle n'était pas "non".

Notre entourage nous percevait comme un couple. Ses parents les premiers. Nos potes aussi nous considéraient comme un couple et souvent nous charriaient, même encore aujourd'hui. On intrigue. Les gens veulent nous mettre dans une case.

J'ai beaucoup souffert à cause de cette histoire d'amour impossible qui a duré six ans. On était tous les deux célibataires, avec parfois des relations chacun de notre côté, mais on revenait toujours l'un à l'autre. De mon côté, si je devais analyser le pourquoi, comprendre comment j'ai pu pendant des années m'accrocher, je dirais que ça me rassurait de vivre cette histoire, moi qui ai toujours eu un rapport compliqué aux relations amoureuses. J'ai été voir un psy pour démêler les nœuds. Finalement, je courais après une histoire inaccessible pour éviter de m'engager réellement. Avec Florian, c'était confortable. Je vivais une relation affective sans vivre une relation amoureuse.

Voir un psy m'a permis de me détacher, de faire le deuil d'une histoire avec Florian et de vivre à côté. Désormais, notre relation me prend moins d'énergie.

"Florian est aujourd'hui en couple, une situation qui clarifie la nôtre"

J'ai finalement déménagé. Il a rencontré quelqu'un. Aujourd'hui, ça fait un an qu'il est avec Théo. J'ai eu peur que notre relation s'arrête. Parce qu'il se mettait en couple et parce que la distance géographique s'imposait entre nous. Mais paradoxalement, ces éléments nous ont rapprochés. Je crois que sa situation répond à pas mal de nos questions, qu'elle clôture nos milliers de doutes. On est de très bons amis, même plus que des amis, mais tout est plus clair. Et le fait qu'il soit en couple me permet d'aller vers les hommes, comme si j'en avais maintenant l'autorisation.

Nous sommes toujours fusionnels. On est repartis en vacances en Espagne, juste tous les deux. On a dormi ensemble, pris une tonne de photos, toujours comme un couple. Son mec a été jaloux. Au retour de Madrid, j'ai eu une histoire avec un homme. Il faut dire qu'une énorme frustration m'habitait. Dormir dans le même lit sans qu'il ne se passe rien, c'est terrible. Florian est beau, Florian me plaît. De Florian, je suis amoureuse... du moins l'ai été fortement. Alors forcément, en rentrant d'Espagne j'étais remontée comme un coucou.  

Aujourd'hui, je suis de nouveau célibataire. Florian et moi partageons des liens très forts, on s'appelle tous les jours. Je suis heureuse de le savoir heureux. Ses parents "tolèrent" sa relation. Florian s'est ouvert et s'assume. Je l'ai peut-être aidé à tout ça. Je le dis sans prétention. Pendant des années, il a pu tout me dire, être lui-même. Et je l'acceptais comme il était. Notre histoire l'a certainement éclairé, guidé. Au bout de 6 ans, si on avait dû être ensemble, les choses se seraient déjà faites. Je n'espère plus rien de notre histoire, pas plus que ce que nous avons déjà.

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