Maïa Mazaurette : "S'il fallait être top-model pour trouver l'amour, ça se saurait"

Trop moche, trop de boutons, trop de fesses mais pas assez de seins... Nos complexes sont parfois bruyants, surtout quand il s'agit de rencontrer l'amour. Mais quel rôle joue vraiment le physique dans la séduction ? En toute intimité, nous avons rencontré Maïa Mazaurette, qui publie "Belle toute crue" aux éditions Marabout, pour discuter amour et beauté (et gloire un peu). Ça fait du bien.

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Toujours avec humour et perspicacité, Maïa Mazaurette nous offre un nouveau guide pratique aux éditions Marabout : Belle toute crue. Au coeur de son écrit, et cible de son ras-le-bol, la beauté. Aujourd'hui, face à une dictature de l'image, on essaie chaque jour de se transformer pour être la plus belle et surtout la plus heureuse. L'un entraînerait l'autre. Fausse promesse. Au fil de son livre, la célèbre chroniqueuse propose des stratégies de résistance : comment s'en foutre, vivre sans fard ni artifices, tout en restant soi-même et bien dans ses pompes. Pour l'occasion, et parce qu'on a aimé ses mots, nous avons interrogé Maïa Mazaurette en toute intimité, sur le physique et la séduction. Etre belle est-il un plus ? La beauté intérieure, ça existe ? Comment se sentir bien et plaire ? Elle vous dit tout, en exclu !

 

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Le Journal Des Femmes : "C'est la beauté intérieure qui compte" : on disait beaucoup ça, ados, déjà lasses de constater que la beauté était un critère important pour "pécho" dans la cour. Avait-on déjà tout compris ou essayait-on de se rassurer ?
Maïa Mazaurette :
 On se rassure ! Il serait absurde de prétendre que l'amour ignore complètement la beauté : si on parle de désir physique, charnel, qui sera partagé au lit, il faut bien qu'on soit attirés par l'apparence. La surface donne une prise au désir. On va interagir avec un corps, il faut donc que ce corps soit, au minimum, pas trop répugnant. Cette histoire de beauté intérieure repose en outre sur un postulat judéo-chrétien qui voudrait que l'esprit soit plus important que le corps – et qu'il en soit complètement différent. Mais il y a aussi un postulat sexiste : ce sont toujours les femmes qui sont sommées de croire en la beauté intérieure. Les hommes ne s'excusent pas de leur désir physique. Ensuite personnellement, j'ai un problème avec l'idée de beauté intérieure : ça ne veut rien dire. Si on parle de bonté, ou d'intelligence, ou de valeurs, ou d'humour, alors employons ces mots-là plutôt qu'un concept fourre-tout qui a le mérite de réconforter, mais dont justement, le réconfort reste superficiel.

"C'est parce que je suis grosse que je suis seule". Pourquoi on remet toujours la faute sur son physique ?
Les hommes choisissent principalement leurs partenaires romantiques sur le physique. C'est moins le cas pour les femmes. En conséquence, je ne crois pas qu'il soit nécessaire de traiter de gentilles idiotes les femmes préoccupées par leur physique : ce physique va jouer, énormément, sur la vie amoureuse et sexuelle. Ensuite, l'apparence ne fait pas tout. On est aussi célibataire parce qu'on a du mal à aller vers les autres, parce qu'on ne maîtrise pas les codes de la séduction... ou parce qu'on manque de chance. Il faudrait parler plus souvent de notre obsession du contrôle : si nous sommes obsédés par l'amour, c'est justement parce qu'il garde une part d'arbitraire, d'irrationnel, d'incompréhensible. On devrait célébrer cet aspect plutôt que de s'en désoler.

En quelques mots, quels conseils donnerez-vous à des filles qui se sentent moches ou grosses (face aux filles des magazines et les canons du métro), qui en font une obsession et rejettent leurs échecs amoureux sur leur corps ? Comment se réconcilier avec son apparence ?
Il y a deux configurations possibles : soit ces filles sont vraiment moches et/ou grosses, et ça ne sert à rien de se voiler la face (oui, la laideur existe). Dans ce cas, je recommanderais de faire le deuil d'une image idéalisée de soi, pour se concentrer sur ses atouts. Etre moche n'empêche pas d'être brillante. N'empêche pas d'impressionner tout le monde par son sens de l'humour. Et ça, les hommes le voient, le sentent, y sont sensibles. Il n'y a aucune fatalité. Il faut arrêter de perdre du temps à se convaincre que tout le monde est beau et mince – ce n'est pas vrai. Autant y renoncer.
Soit les filles se trouvent moches alors qu'elles ne le sont pas. A ce moment-là soit on est victime du discours des médias et il faut ouvrir les yeux : regarder autour de soi, s'évaluer par rapport à la réalité et pas par rapport au papier. Tout le monde en est capable... mais tout le monde ne VEUT pas l'admettre. Reste donc l'auto-apitoiement. On chouine beaucoup, on utilise notre entourage pour nous rassurer. Pour le dire avec brutalité : c'est abrutissant et stérile. Si une femme se sent en manque de confiance, inutile de bosser sur l'apparence. Investissons donc les champs de confiance qui permettent une progression et non une régression. Ce sera bien plus utile qu'un nouveau brushing. Oh et puis : arrêtons de nous regarder le nombril. Très concrètement, personne n'a besoin de miroirs en pied ou grossissants. Si vous avez des miroirs ailleurs que dans votre salle de bain, débarrassez-vous en. C'est radical en terme de mieux-vivre.

On se sent bien dans notre peau quand on se fagote comme on aime, qu'on se maquille comme on veut. De là à aller à un premier rendez-vous en queue de chemise ? Quelle est la limite entre "son laisser-aller" et les (soi-disant) codes de séduction ?
La confiance en soi et le sourire sont des codes de séduction ! Vous pouvez demander à n'importe quel homme : mieux vaut une nana honnête et bien dans ses pompes, qu'une bombe atomique qui flageole sur ses talons et boude son morceau de salade. Cette histoire de la nécessité d'une robe parfaite et de cheveux lisses, pour un premier rendez-vous, c'est de la pure invention publicitaire, ça sert à vendre du papier et des produits chimiques, point barre. Les hommes ne sont pas des crétins : un rouge à lèvres, ça ne change rien - vraiment, absolument, rien. Sous un jean, on voit parfaitement la forme des fesses. Personne ne tombe amoureux de nos cheveux. Nous surestimons complètement le pouvoir de la sape et du maquillage... Rappelons aussi que pour aller vers l'autre, il faut arriver à s'oublier soi-même : confort avant tout, donc, parce qu'être désirée, c'est une chose, mais quid de notre désir à nous ? 

Maigrir pour reconquérir son ex, c'est peine perdue ? (Non, parce qu'on a presque toute essayé)
Sans vouloir faire la rabat-joie, reconquérir son ex est une idée désastreuse ! Si la relation a échoué une fois, elle va échouer indéfiniment. En plus, pourquoi finir un sandwich déjà entamé alors qu'on pourrait goûter à mille autres sandwichs tout neufs, tout frais, non contaminés par les bactéries du passé ? Quant à la maigreur, c'est une obsession de magazine féminin, pas une obsession des hommes, lesquels se fichent pas mal qu'on fasse une taille de plus ou de moins. Est-ce qu'une femme change de sentiments pour un homme selon qu'il prend ou perd dix kilos ? Non. Et bien c'est pareil pour eux. Ne projetons pas nos obsessions sur nos partenaires, n'utilisons pas les hommes comme prétextes à notre narcissisme : ils n'y sont pour rien. (Et s'ils y sont pour quelque chose, vraiment, partez en courant : pas question de reconquérir une personne aussi superficielle.)

L'essentiel, pour séduire, c'est quoi alors ? Rester soi ?
L'essentiel pour séduire est d'être raisonnablement séduisante, d'apparence ET de personnalité. Cela passe bien sûr par le physique - qu'on ait envie de nous faire l'amour et pas seulement d'être notre meilleur ami. Ensuite, selon ses préférences personnelles (et non celles des patrons des entreprises cosmétiques), on peut sortir le grand jeu, ou se contenter d'être présentable - la plupart d'entre nous trouvent des amoureux en étant tout simplement présentables, quoi qu'on veuille nous faire croire. S'il fallait absolument être top-model pour se reproduire, ça se saurait. Ensuite, parce que la séduction passe aussi par les mots et le cerveau, reste l'étincelle dans le regard, l'enthousiasme, la créativité, l'esprit d'aventure, la bonne nature, la compassion, toutes ces qualités dont on ne parle pas suffisamment - notamment dans la presse féminine qui se préoccupe redoutablement peu de la vie intérieure. Parmi ces qualités, je citerais ma préférée : l'auto-dérision. Bien sûr qu'on a de la cellulite, et des dents pas si blanches, et puis franchement, on ne rajeunit pas. Mais rien ne nous empêche d'en sourire : c'est la condition humaine, tout simplement. Si on commence à se battre contre ça, on est mal barrées. Et surtout on risque d'y perdre notre âme.


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