Appli de rencontres : journal d'une dépendante

Suite à une rupture, Victoire a téléchargé une application de dating. L'euphorie des débuts ne tarde pas à laisser place à un mal-être addictif... Témoignage.

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Tinder, Happn, Once, Tutti Flirty... En seulement trois ans, les applis de rencontres sont entrées dans les mœurs, jusqu'à devenir mainstream. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 100 millions de téléchargements de Tinder dans 196 pays et 10 milliards de "matches" depuis sa création en 2012. Ce qui est méconnu, c'est la puissance addictive que ces applis de rencontres peuvent engendrer. Victoire, Parisienne de 25 ans, en a fait l'amère expérience. Elle nous raconte.

"Après une séparation difficile, je m'étais enfin décidée à reprendre ma vie sentimentale en main, en téléchargeant Tinder. Un monde tout nouveau s'ouvrait à moi. Pas réellement difficile de franchir le cap : tous mes amis célibataires y étaient, filles comme garçons. Il faut dire qu'à notre époque, les rencontres ne se font plus comme avant. La rue n'est plus le territoire où l'on fait connaissance. Le charmant inconnu dont j'aurais voulu croiser le regard a le nez rivé dans ses notifications.

Un "supermarché" de l'amour

D'une rencontre tous les six mois (avec l'ami expatrié du demi-frère d'une tante par alliance) j'étais passée à six rendez-vous par mois, pris sur deux applications différentes. Au début un peu gênée par tous ces profils masculins que je faisais défiler à coups de pouce sur mon écran, je suis bien vite devenue experte en la matière. J'aurais pu écrire un guide sur la drague 2.0, tant mes punchlines séduisaient. Je faisais mes sélections comme Anna Wintour en pleine Fashion Week. Au bout de seulement deux semaines je savais ce que je voulais et redoutais chez un homme. Au revoir les selfies pris à bout portant, les torses poilus, les "salut sa va", ceux posant avec des altères (ou pire, avec leur ex). À la façon dont j'aurais pu chercher des baskets sur Asos, j'indiquais mes préférences dans l'option réglages : entre 28 et 35 ans et à moins de 5 kilomètres de moi. Ô désarroi romantique.

Un insatiable désir de séduction

Encore pleine de fraîcheur, je me suis mise à entretenir une relation palpitante avec un garçon qui avait plein de choses à raconter. Pendant 3 jours, j'ai vécu au rythme des trois notes que l'appli envoie lorsque l'on reçoit un message. Sauf que du jour au lendemain, no news. Mon cœur s'est serré quand j'ai vu qu'il continuait de se connecter sur l'appli. Il m'avait zappée. Pour une autre ? Probablement. Enfin, pour plusieurs autres, car sur Tinder, les gens courent parfois plusieurs lièvres à la fois, au cas où l'un d'eux les lâchent en cours de route. C'est d'ailleurs ce que je me suis mise à faire.

Tinder a-t-il tué le romantisme ?

À chaque début de nouvelle idylle j'étais revigorée, je partais au quart de tour. Puis très vite, ça devenait moyen. Cet ascenseur émotionnel de l'ego se reproduisait sans cesse. À force, je ne ressentais plus rien. Je ne leur laissais aucune chance de me plaire, ni de tomber amoureuse. J'étais devenue une espèce de robot, à la recherche d'un idéal qui n'existe pas. Au moindre faux pas je nextais. J'ai enchaîné les rendez-vous dans la vraie vie, davantage par orgueil que dans le dessein de trouver l'amour. Je ne pouvais même plus mettre un pied dehors, de peur de ne plus voir mes actualités amoureuses.
Un soir, j'ai décidé de tout arrêter. J'ai tenu un mois, le vide m'a submergée, je trouvais ma vie morose et déprimante. Échec cuisant. Deux jours après, j'étais reconnectée."

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