Ambre, 27 ans : "Jalouse, je le surveille grâce à la géolocalisation"

Avant de connaître Théo, Ambre se savait jalouse. Mais la jeune femme n'imaginait pas qu'elle n'avait encore rien vu… Ou comment la jalousie est devenue maîtresse. Témoignage poignant d'un amour possessif.

Ambre, 27 ans : "Jalouse, je le surveille grâce à la géolocalisation"
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En couple, j'ai toujours été jalouse. Mais avec modération. Généralement, cela se manifestait par un besoin d'attention légèrement démesuré ("Tu rentres à quelle heure ?") et des soupçons infondés ("Pourquoi la boulangère te regarde comme ça ?"). Mais je me connaissais et savais me raisonner. C'est avec Théo que j'ai découvert combien je pouvais aller très loin, trop loin, en perdant totalement le contrôle.

Il me fallait de la fusion et beaucoup d'attention

J'ai rencontré Théo l'année de mes 25 ans. Un début d'histoire classique. Nous étions amoureux. Nous nous retrouvions tous les soirs – moi après les cours, lui après le boulot. Nous restions chez lui et/ou prenions un verre avec des amis.

Au bout de trois mois de relation, Théo a commencé à davantage voir ses copains sans moi. Sur le principe, je comprenais : notre histoire prenait un virage positif, nous avions posé les bases et il était logique que nous vivions (aussi) chacun de notre côté. Seulement, je me sentais abandonnée. J'avais besoin qu'il soit là, qu'il me considère. J'ai compris que mon caractère de jalouse reprenait ses droits. Comme avec mes précédents petits copains. Mais ce que je ressentais était légèrement plus envahissant. Il me fallait de la fusion et beaucoup d'attention pour vivre sereinement. Peut-être étais-je plus amoureuse ? C'est possible.

La peur d'être prise pour une imbécile peut rendre parano

Mais ce n'était pas l'unique raison pour laquelle ma jalousie était grandissante. Sa meilleure amie, Lila, présente à de nombreuses soirées, me dérangeait. Je savais tout : elle était tombée amoureuse de Théo des années auparavant. Pendant six ans, elle avait attendu quelque chose. En me racontant tout ça, Théo m'avait bien entendu rassurée : il n'y avait rien entre eux, il n'y aurait jamais rien entre eux, et puis elle avait désormais un mec.

Mais cette information ne me suffisait pas réellement. Je crois que quand la jalousie se réveille et prend le dessus, il est difficile de la tasser. Peu importe la vérité, la bonne foi, la transparence, une petite voix continue de nous faire douter : tu as confiance, mais as-tu de quoi ? Car oui, j'avais confiance en Théo, mais pas forcément en moi. Et si j'étais naïve ? En train de me faire berner ? La peur d'être prise pour une imbécile peut rendre parano. Je restais cependant à ma place, je ne le questionnais pas outre mesure et je ne lorgnais pas son téléphone. Je voulais préserver mon couple.

Je lui ai proposé qu'on installe la géolocalisation sur nos téléphones

Quand j'ai commencé à me faire des films (du genre : et si ce soir, il ne voyait pas ses amis, mais Lila en tête à tête ?), j'ai été repêchée par notre projet de couple. Partir un mois à Londres. On avait prévu ce voyage depuis quelques semaines et cette perspective me tenait. Elle m'aidait à me détendre. J'ai chassé tous les scénarios négatifs de mon esprit et j'ai fait ma valise direction l'Angleterre.

A Londres, nous passions du temps ensemble et séparément. Il voyait son cousin, moi je profitais de la ville et de ses boutiques. Dès le premier jour, je lui ai proposé qu'on installe la géolocalisation sur nos téléphones afin de se retrouver plus facilement. Londres, c'est grand, et nous étions tous les deux au cœur d'une ville que nous ne connaissions pas. Il a accepté sans souci. Je ne crois pas avoir eu cette idée par besoin de le fliquer. Vraiment, c'était une question de pratique (mais la pratique ne dit pas tout).

Je ne pouvais pas m'empêcher de checker

Pendant un mois, nous nous sommes donc servis de la géolocalisation pour nous rejoindre à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Et ça nous facilitait la vie. Je checkais de temps à autre, c'était normal. Notre séjour était génial. Je ne pensais pas à Lila, aux copains. Théo était là, juste pour moi.

Seulement, quand nous avons quitté Londres, je suis rentrée à Paris, et lui enchainait une semaine au ski avec des amis. Quand il était là-bas, j'avais le réflexe de regarder où il se trouvait. Entre une piste rouge et une piste noire, ça ne changeait foncièrement rien. Il me semble que lui avait oublié cette option tandis que moi, je ne pouvais pas m'empêcher de me connecter. C'est un peu comme vérifier la dernière connexion What's app : on ne sait plus pourquoi on le fait, mais on le fait.

Parfois, il me racontait être quelque part mais ne l'était pas

Lorsqu'il est rentré à Paris, nous avons dormi chez lui et au réveil, j'ai vu qu'il avait reçu un message. Un prénom de fille (et ce n'était pas Lila). Il a répondu… J'ai décidé de me contenir face à lui (pas simple). En contrepartie, je le traçais toujours plus sur l'appli. Il a suffi d'un prénom féminin pour que je vérifie non-stop ses faits et gestes. Cela devenait obsédant, bouffait tout mon esprit.

Je voyais quand il était au boulot, au bar… Parfois, il me racontait être quelque part, mais ne l'était pas… Un soir, il m'a dit qu'il ne pouvait pas me rejoindre car il est trop loin (en fait pas du tout). J'ai craqué et provoqué : "Pourtant, tu es rue…". Il a alors retiré la géolocalisation (l'iPhone est gentil, il m'a prévenue). Je me suis sentie totalement démunie. Je venais de perdre mon jouet préféré, du moins une fonctionnalité qui me permettait d'être un minima en confiance. J'ai eu une telle colère au téléphone qu'il a fini par réactiver l'option, me répétant que toute façon "il n'avait rien à se reprocher".

J'ai demandé à une amie de fouiller dans son téléphone

Cela ne m'a pas suffi et un soir, en soirée chez une amie, il était là et j'ai demandé à ma copine de prendre son téléphone en prétextant qu'elle voulait choisir une playlist. Il n'y avait aucun message échangé avec le prénom en question, mais nous avons découvert des messages entre mecs : alors, tu couches quand avec M. ? Il n'était peut-être pas passé à l'acte, mais énorme anguille. Cette fois, ce n'était plus tant de la jalousie qui m'habitait – enfin si – mais j'étais face à une réalité qui, quelque part, validait mes doutes.

Ce que je ne saurais jamais, c'est si mon comportement, finalement, a fini par lui donner envie d'aller voir ailleurs. Je faisais tout pour ne rien montrer et je sais qu'il a rencontré cette fille au ski. Et je ne crois pas que le service de géolocalisation à Londres l'ait étouffé.

En sortant de cette soirée, je suis devenue dingue. Bien sûr, il a tenté de me rattraper. Il s'est excusé, m'a répété qu'il ne s'était rien passé. Au fond, je savais que c'était foutu. Si ma jalousie s'exprimait souvent pour pas grand-chose au début de notre histoire, elle ne s'évaporerait pas face à une telle découverte.

J'ai été tentée de le suivre plusieurs fois

Nous avons tout de même poursuivi notre histoire. Pendant un an, je n'ai cessé de fouiller son téléphone et son Facebook. J'ai trouvé de nouveaux messages échangés avec une fille que je ne connaissais pas. Nous étions incapables de refaire surface, lui avec ses errances, moi avec ma jalousie. Mon couple n'en était plus un. Ma vie consistait à l'espionner… Ma meilleure amie vivait à côté d'un bar où il traînait souvent. Elle me disait s'il était là, et avec qui. Plusieurs fois, j'ai été tentée d'aller vérifier, de le suivre, je me mettais à douter de tout…

La relation s'est terminée après deux ans. Naturellement, nous nous sommes éloignés. Nous n'avions plus envie des mêmes choses. Je garde pourtant de bons souvenirs. Beaucoup d'amour, mais beaucoup trop de craintes. Je ne me sens pas entièrement responsable car Théo a beaucoup alimenté ma jalousie. Mais j'ai, de mon côté, alimenté ses envies d'ailleurs. Je ne parviens pas à lui en vouloir.

Aujourd'hui, je suis célibataire. J'appréhende parfois la prochaine rencontre. J'ai peur d'avoir peur. Mais j'ose croire que l'amour véritable saura m'apaiser et prendre le dessus.

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