Les affaires de son ex : on garde ou on jette ?

Deux mois que Fernand est parti, sauf qu'il a oublié son tee-shirt. Le lundi, on projette de le brûler et le mardi on dort avec (heureusement qu'il n'a pas oublié sa mère). Une question nous taraude : pour guérir de notre chagrin d'amour, doit-on garder ou jeter les affaires de notre ex ?

Les affaires de son ex : on garde ou on jette ?
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Un jour, Fernand est venu dormir chez nous une première fois. Puis une deuxième. Puis une troisième. Il a ramené sa brosse-à-dents et s'est approprié notre tasse de café rouge. Il a utilisé notre serviette de bain bleue qui est devenue sienne. Il nous a accompagnée chez Ikea et a jeté son dévolu sur les chaises NORRÅKER. Il nous a offert des places de théâtre pour la Saint-Valentin et une peluche toute moche pour notre anniversaire. On a quand même pris un appartement ensemble et quand l'histoire s'est terminée, on a regardé autour de nous en se demandant si oui ou non, il valait mieux jeter ou conserver tous ces objets liés à Fernand. Réponses.

La fabuleuse histoire du ticket de cinéma

"J'ai gardé de mon amoureux d'enfance un porte-clés. Enfin, ce n'est pas vraiment un porte-clés, mais un bout de chaîne de vélo. Il adorait le VTT. Je ne sais pas ce que Simon devient mais cet objet me ramène à lui. C'est la preuve que nous avons vécu quelque chose", confie Aurélie, 35 ans, qui, chaque jour, manipule cet objet de rien du tout. Enfin, d'apparence. Car il détient une valeur sentimentale. "Les objets qui nous entourent n'ont pas qu'un rôle utilitaire ou décoratif. Ce sont aussi des symboles. Ils nous indiquent - et indiquent à tous ceux qui les voient - qui nous sommes, qui nous souhaitons être, qui nous avons été. C'est dire à quel point un simple billet de cinéma peut contenir une énorme valeur sentimentale, alors qu'objectivement, ce n'est qu'un petit morceau de carton", analyse la psychologue Laurence Einfalt, auteure de Apprendre à s'organiser c'est facile (éd. Eyrolles).

Tous ces objets du passé évoquent des souvenirs et témoignent de notre histoire d'amour. D'où, parfois, l'impossibilité de les jeter. Opérer un grand tri ou un ménage de printemps n'est jamais chose facile. "Se séparer d'un objet peut être perçu comme violent. Cela signifie 'plus jamais de la vie', comme disent les enfants. Il faut une bonne dose d'optimisme et de confiance en soi pour se dire que cette séparation signifie aussi un nouveau départ. C'est pour ça qu'on peut éprouver le besoin de fonctionner par étape, à son rythme", poursuit la spécialiste.

Conserver pour mieux guérir ?

Prendre son temps, c'est ce que fait Manon, 30 ans. "J'ai toujours le tee-shirt avec lequel il dormait, un truc du semi-marathon… Il est abîmé et ne porte même plus son odeur. Mais c'est devenu mon doudou", confie la jeune femme, séparée depuis un mois de Julien. Une rupture toute fraîche et un sentiment de vide que cet objet du quotidien remplit tant bien que mal. Cependant, la jeune femme a la farouche envie de s'en débarrasser, persuadée que conserver ce morceau de coton la freine dans son processus de guérison. "Amélie Nothomb parle de nostalgie heureuse. Parfois, remuer le couteau dans la plaie revient à se remémorer des temps où l'on était heureuse ou insouciante. Et ça, ça peut paradoxalement, faire du bien", explique la psychologue Laurence Einfalt. Pour remuer le couteau bien comme il faut, Élodie, 27 ans, visionne régulièrement les photos de son ex et continue de boire dans sa tasse. A chaque fois, c'est un coup dur, et pourtant, elle en a besoin. Une façon de le quitter un peu moins vite. Disons même d'amortir la descente. Il n'est plus là, mais encore un peu là, plus tout à fait là, et toujours un peu là. On s'y fait petit à petit, on soigne la chute. Cependant, tout objet n'est pas bon à garder et regarder. "Je recommande de ne conserver que ce qui nous fait sourire, indépendamment de la valeur financière de l'objet. Conserver un tee-shirt du premier concert d'un groupe de rock auquel on est allé ensemble, même après notre séparation, peut faire plaisir", conseille la spécialiste.

Jetez ce tee-shirt que je ne saurais voir 

Justine, quant à elle, n'a rien pu conserver, et peu importe que les objets riment avec bons ou mauvais souvenirs. Une semaine après la rupture, la jeune femme a vu sa peine se transformer en colère si bien que tout a fini à la poubelle : "Je ne pouvais plus supporter la présence des objets de mon ex. Même ceux que je ne voyais pas, comme les billets d'avion au chaud dans une enveloppe… Il me fallait laver mon esprit et mon appartement de lui, confie-t-elle. C'était un moyen pour moi de reprendre le dessus. Entendre 'notre chanson' à la radio était déjà assez difficile et là-dessus, je ne pouvais pas agir. Alors que jeter un pull, c'était possible…"

L'essentiel reste alors de s'écouter : là, tout de suite, que m'inspire ces objets ? Est-ce que je ressens le besoin de les garder non loin de moi ou de leur payer un aller direct pour Honolulu ? "Après une séparation, soit on est soulagé et on jettera avec joie tout ce qui représente ce passé désagréable, soit on est très sensible et tout nous rappellera notre chagrin, d'un sous-verre volé au café d'en bas en passant par n'importe quelle chanson ou pire, un parfum", précise Laurence Einfalt.

Laure, 34 ans, est passée par plusieurs phases. D'abord, elle a tout enfermé dans un carton. Les bougies, les cadeaux, les petits mots d'amour. Impossible de jeter le contenu. "Cela revenait à faire une croix sur mon passé. Et même si la rupture n'a pas été des plus joyeuses – infidélité et compagnie, après cinq ans de relation, je voulais protéger ces souvenirs qui font partie de moi", détaille-t-elle. Résultat, avec le temps et les rencontres (depuis), les objets se sont accumulés. Dans son nouvel appartement, elle a créé "une pièce à ex" : les toilettes. Elle y a accroché les cartes postales, déposé quelques objets, même un tee-shirt de foot. Un concept qui lui file le sourire. On retient.

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