Témoignages
 
10/01/2008

Renda : "Nous venons en aide aux mères célibataires, souvent rejetées par leur famille"

A 55 ans, Renda ne manque pas d'idées et de volonté pour aider les Tunisiennes en difficulté. Après plusieurs années de militantisme au sein de diverses associations, cette journaliste est la fondatrice d'Amel, une structure unique en Tunisie qui soutient les mères célibataires.
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APPEL A TEMOINS
 
 
 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J'ai 55 ans, j'habite à Tunis et je suis célibataire.

Quel est votre métier ?

Je suis journaliste depuis 28 ans à l'agence de presse nationale de Tunisie. J'ai aussi été pigiste mais je n'ai jamais quitté mon pays.

Quelle association avez-vous fondé ?

Il s'agit de l'association Amel, Espoirs pour la famille et l'enfant, qui vient en aide aux mères célibataires. Ces dernières, en plus d'être mal perçues au sein de la société, sont rejetées par leurs proches. Nous leur apportons donc, à elles et leurs enfants, une aide en matière de logement, de formation, d'écoute, de soutien psychologique. Depuis que nous avons créé l'association en 2001, nous avons soutenu près de 500 femmes, âgées de 15 à 45 ans.

Quel est votre parcours en tant que militante associative ?

Comme pas mal de Tunisiens à l'époque, j'ai fait partie d'un syndicat : l'Union générale des travailleurs. Par la suite, en 1983, avec quelques amis, avocats et médecins entre autres, nous avons fondé une commission de réflexion sur la condition des femmes salariées. Nous avons même lancé une revue autofinancée "Nissa" (Ndlr : les femmes en arabe). Malheureusement, faute de moyens, nous n'avons pas pu poursuivre sa publication. Mais, au fil des années, notre groupe s'est agrandi. Et, en 1998, j'ai participé à la création de l'Association des femmes démocrates, qui est toujours active malgré les difficultés.

"En Tunisie, se lancer dans un projet associatif signifie qu'il faut avoir le courage de se débrouiller seul de A à Z."

Qu'est-ce qui vous a poussée à créer votre propre association d'aide aux mères célibataires ?

J'ai souhaité passer de la réflexion à l'action et agir plus concrètement. Avant de me lancer dans ce projet, j'ai rejoint une amie psychologue qui travaillait pour une ONG (organisation non gouvernementale) suisse venant en aide aux mères célibataires. Le jour où cette ONG a dû fermer ses portes à Tunis, je me suis dit que l'on ne pouvait pas laisser ces femmes sans aucun soutien. Avec quelques amis, nous avons donc décidé de fonder notre propre association. Non sans difficultés !

Quels ont été les obstacles les plus difficiles à franchir ?

Les autorités ont refusé à plusieurs reprises de nous donner l'aval pour la création de l'association. Nous avons déposé trois fois les statuts. Sans résultat. Pendant plusieurs mois, nous avons donc été contraints de travailler clandestinement. Une autre association nous parrainait, nous avions un local, un peu de matériel... mais tout cela n'était que provisoire. Heureusement, la situation a fini par se débloquer d'une façon totalement inattendue ! Lors d'une émission de télévision, une présentatrice a abordé le sujet très tabou des mères célibataires et a interrogé une jeune femme. Cette dernière a parlé de notre volonté de monter une association pour leur venir en aide. Chance incroyable, ce jour-là, la femme du président tunisien écoutait cette émission ! Elle a été interpelée par notre action et a pris connaissance de nos difficultés. L'une de ses collaboratrices est venue à notre rencontre et nous avons fini par obtenir les statuts le 12 janvier 2001.

Quels sont vos objectifs désormais ?

Continuer mon travail de journaliste. C'est mon gagne-pain ! Il me reste encore cinq ans avant la retraite. Bien sûr, je continue à m'impliquer dans l'association, non plus en tant que présidente mais comme chargée d'information. Je pense m'arrêter là pour le moment. Même si un nouveau problème me touche : celui des enfants des rues. Cette situation est abominable, particulièrement pour les fillettes qui sont, en plus, victimes de la prostitution.

Comment conciliez-vous vie personnelle et vie professionnelle ?

J'ai tout concilié, tant bien que mal. Tout n'a pas été facile, surtout dans un pays où la plupart des choses sont contrôlées. Mais je ne regrette rien. J'ai choisi ma vie. Personne ne m'a jamais rien imposé.

Avez-vous des conseils pour les femmes qui souhaitent créer une association ?

Il faut être patiente. Au-delà de ça, il est difficile pour moi de donner des conseils aux Françaises car nos pays sont différents. Mais je peux vous dire, qu'en Tunisie, se lancer dans un projet associatif signifie qu'il faut avoir le courage de se débrouiller seule de A à Z. Nous ne faisons pas d'actions de communication et les médias parlent rarement de nous. Sans oublier le regard des intégristes. Un jour, une femme m'a regardée de travers et m'a dit : "Maintenant que vous avez ramassé toutes les prostitués, qu'est-ce qu'il vous reste ?" Malgré tout, nous avons aujourd'hui de nombreuses aides, de l'Etat tunisien notamment, mais aussi de l'ambassade suisse, norvègienne et du Centre culturel français.

Contacter l'association : Amel, 8 rue Abou Doulama Lafayette Tunis 1082 Tunisie

A lire aussi : Tous les parcours de femmes
L'Interview de Laurence Ligier, fondatrice de l'association Caméléon

En savoir plus : Le site du Ministère du travail, des relations et de la solidarité



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