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Interview
02/11/2007
David Veenhuys : "Durant un entretien d'embauche, il faut jouer la carte de l'authenticité"
Le titre de votre livre est "Femmes : emploi et marketing de soi". Pourquoi avoir choisi d'utiliser le terme "marketing"? Le mot "marketing" est souvent mal interprété. Beaucoup y perçoivent une démarche de vente et de publicité. Pour moi, le marketing est avant tout une gestion de projet. Quand je parle de "marketing de soi", cela signifie que, lors d'une recherche d'emploi, il faut mettre en place une vraie réflexion et se poser les bonnes questions : "Quels sont mes besoins, les attentes des recruteurs", "Comment puis-je me préparer pour répondre au mieux à ces attentes ?"... Mais attention, cela ne doit pas se faire de manière hypocrite. Il faut rester authentique et fidèle à ses valeurs.
Votre livre aborde surtout la question de la recherche d'emploi. Selon vous, quelles sont les erreurs les plus communes des candidates féminines ? La plus grande erreur, mais cela vaut aussi pour les hommes, est de ne pas réfléchir aux attentes des recruteurs. Dans le marketing, il existe une phrase clef : "Un client n'achète pas un produit. Il achète ce que le produit peut faire pour lui". C'est la même chose dans la vie professionnelle. Les candidats ne se posent pas assez la question "Qu'est ce que j'ai en moi qui peut satisfaire les besoins de l'entreprise". Dans les lettres de motivation, nous retrouvons trop souvent des phrases du genre "Ce travail m'aidera à m'épanouir ". C'est une erreur. Autre point faible des femmes : elles ont tendance à se sous-estimer. Plus que les hommes en tout cas. Peut-être à cause d'un manque de confiance en elles. Lorsque l'on agit avec une norme féminine, on est orienté sur la prudence, la critique, le manque de complaisance. Adopter cette norme dans un environnement masculin est une grave erreur. Quelle est donc la meilleure stratégie à adopter lors d'une recherche d'emploi ? La première chose est de bien déterminer ses valeurs. Il faut que ces dernières correspondent à celle de l'entreprise. Si vous n'y prêtez pas d'importance, cela desservira votre carrière. Vous donnerez l'impression de ne pas savoir ce que vous voulez. Au début de sa vie professionnelle, il faut aussi se poser la question de ce que l'on veut faire. Il y a deux solutions : soit vous choisissez l'expertise, et vous vous spécialisez dans un domaine bien particulier, soit vous accumulez des expériences diverses et variées pour vous enrichir personnellement. Mais dans tous les cas, il ne faut pas être uniquement motivé par l'argent et le titre. Les étapes habituelles pour décrocher un entretien sont le CV et la lettre de motivation. Quels sont vos conseils pour mettre toutes les chances de son côté ? Le plus important est de délivrer ce message : "Voilà ce que je peux faire pour vous" et de l'accompagner de vos trois forces principales. Chaque force que vous citerez doit être illustrée d'un exemple. Très souvent, les candidats citent des atouts que tout le monde peut avoir comme la rigueur, la motivation, l'esprit d'équipe mais sans en apporter une preuve concrète. C'est très négatif sur un CV ou sur une lettre de motivation. Je conseille donc de ne pas avoir peur de creuser dans son passé, dans sa vie privée. Je pense notamment aux jeunes diplômés qui ont dû travailler dur pour se payer leur études. Ou encore aux femmes qui ont mis leur carrière entre parenthèse pour s'occuper de leur enfant. Ces dernières doivent mettre en avant l'enrichissement humain de leur expérience.
L'entretien est aussi un passage obligé. Comment faire pour se mettre en avant et ne pas perdre ses moyens ? Je ne vous donnerai pas de phrases toutes faites ou de gestes à éviter. Tout simplement parce que, durant un entretien, il ne faut jamais jouer un jeu. Les recruteurs le sentent. Il faut plutôt utiliser la force de l'authenticité, de l'honnêteté. Ne pas prétendre tout savoir et accepter de dire : "Je ne sais pas". Je crois que lorsque l'on est tranquille, qu'on reste soi-même, on se libère l'esprit et notre force interne est mieux perçue. Si vous êtes préoccupée par des stratégies diverses, vous risquez de ne pas être à l'écoute. Ensuite, n'hésitez pas à poser le maximum de questions. Pour ce qui est de l'apparence physique, je suggère, dans le doute, d'être trop habillé plutôt que pas assez. Dernier point et non des moindres : négociez toujours votre salaire ! Une étude a récemment démontré que la disparité des salaires entre homme et femmes était due en partie à cause de ce manque de négociation. Alors, mesdames, ne sous-estimez pas les questions d'argent. Comment bien réagir face à un recruteur (homme ou femme) qui a des préjugés sur les femmes ? Face à un recruteur qui a des préjugés sur les femmes, il faut se présenter comme une exception à la règle. L'objectif est de désamorcer ses inquiétudes. Par exemple, n'hésitez pas à mettre sur la table des problématiques mais sans l'accuser de préjugés. Pendant l'entretien, vous pouvez tout à fait lui dire une phrase telle que : "Il y a peut-être des gens dans votre entreprise qui pensent que les femmes ne sont pas douées avec la technologie. Ce n'est pas mon cas. Vous pouvez constater que j'ai telle expérience, tel diplôme dans ce domaine... ". Souvent, ces recruteurs aiment travailler avec des femmes différentes. Face à une femme qui a des préjugés, n'hésitez pas à adhérer à la norme masculine. Elle recherchera avant tout une candidate à son image. Comparée aux autres pays, la France a-t-elle encore beaucoup de progrès à faire pour la reconnaissance professionnelle des femmes ? Je crois que la France a mieux avancé que les autres
pays européens. J'ai l'impression que les entreprises réalisent
de plus en plus qu'il faut engager des femmes à tous les
niveaux. Alors, il est vrai que certaines femmes refusent des promotions,
tout simplement parce qu'elles souhaitent lever le pied entre 30
et 40 ans pour se consacrer à leur enfant. C'est après 40 ans, une
fois que les enfants sont plus grands, qu'elles sont prêtes à donner
un coup d'accélérateur à leur carrière. Mais les recruteurs ont
encore du mal à prendre cela en compte. En savoir plus : Le site de David Veenhuys A lire : L'interview de Monique de Kermadec
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