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Dossier
10/04/2007

"Les femmes votent moins pour les extrêmes"

Plus à droite, plus modérées : les femmes ont un vote bien à elles. A la veille des élections présidentielles, Janine Mossuz-Lavau, chercheuse au CEVIPOF, revient sur les particularités du vote au féminin.
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Les femmes françaises ont voté pour la première fois en 1945. En quelque 60 années, comment a évolué ce vote ?

Cette évolution s'est faite en trois phases. La première période est une phase "d'apprentissage" qui dure jusqu'à la fin des années 1960. A cette époque, les femmes sont plus abstentionnistes que les hommes et votent moins à gauche. Ce phénomène était particulièrement évident lors des élections présidentielles de 1965, qui opposaient De Gaulle à Mitterand. Lors du scrutin, les femmes se sont exprimées à 39 % seulement en faveur du candidat de la gauche contre 51 % des hommes. Viennent ensuite les années 1970, que j'appelle le temps du décollage. C'est l'époque d'un rapprochement des attitudes électorales : la participation est sensiblement la même et l'écart des votes à gauche se réduit. Viennent ensuite les années 1980 et plus particulièrement les élections législatives de 1986. Cette période d'autonomie est marquée par une participation aussi forte chez les femmes que chez les hommes et le vote à gauche s'harmonise avec celui des hommes, sauf chez une partie plus âgée de la population féminine. Autre caractéristique liée à cette époque : les femmes votent beaucoup moins pour Jean-Marie Le Pen, une tendance qui perdure.

Peut-on parler aujourd'hui d'un vote à spécifiquement féminin ?

Dans le cadre de l'élection présidentielle à venir, les sondages montrent que les femmes voteront moins pour les extrêmes, à droite comme à gauche. Il y a un net refus de l'extrême gauche et elles sont bien moins nombreuses que les hommes à déclarer qu'elles voteront pour Jean-Marie Le Pen. Dans leurs intentions de vote, on note un vrai report vers les deux principaux candidats.

Y a-t-il des thèmes de campagne plus susceptibles de toucher les femmes ?

Les sujets qui intéressent les électrices sont sensiblement les mêmes que ceux qui parlent aux hommes. On retrouve en tête des priorités de tous les électeurs la baisse du chômage et l'amélioration du pouvoir d'achat. Viennent ensuite l'école, l'enseignement et la réduction des inégalités sociales, qui touchent peut-être légèrement plus les femmes.

Qu'en est-il de l'insécurité, qui a fait tant de vagues en 2002, ou de la parité, qui concernent les électrices plus directement ?

Sur ces sujets, la position des femmes est plus inattendue. En premier lieu, les électrices sont plus sécuritaires que les hommes car elles sont plus pessimistes sur l'avenir et se sentent moins en sécurité. Ceci est avant tout lié au fait qu'elles se sentent plus vulnérables dans la société. Le vote "sécuritaire" est caractéristique des positions des femmes plus âgées, qui sont généralement plus isolées que les autres. Quant à la parité, la question devrait être réglée depuis l'adoption de la loi même si, dans les faits, ce texte a été un échec total pour les scrutins législatifs (contrairement aux élections communales ou régionales). Mais même si un certain nombre de femmes se sentent aujourd'hui concernées par cette question, ce n'est pas un réel enjeu pour la majorité d'entre elles qui n'y sont pas directement confrontées, contrairement aux questions de pouvoir d'achat, etc.

Quel enseignement y a-t-il à tirer du vote féminin aux présidentielles de 2002 ?

Ce qui est important à retenir du scrutin de 2002, c'est que si seules les femmes avaient voté, Jean-Marie Le Pen ne serait pas passé au second tour. Si les hommes seuls avaient voté, le candidat d'extrême droite serait arrivé en tête au premier tour. Bref, aujourd'hui, le meilleur rempart contre le Front National, ce sont les femmes.

Les électrices sont-elles susceptibles de voter pour une candidate uniquement car c'est une femme ?

En France, on ne vote généralement pas pour une femme ou un homme mais pour un candidat. C'est le clivage politique qui oriente le vote, on s'exprime donc avant tout pour le représentant de sa propre famille politique.

Après l'engouement des électeurs pour les petits partis en 2002, peut-on s'attendre à un vote "volage" des femmes ?

Même si on ne peut pas encore rien savoir pour le prochain scrutin, on peut déjà avancer que les femmes ne changent pas de famille politique d'une élection à l'autre. En règle générale, le vote féminin est utile aux élections présidentielles comme aux législatives. Les électrices ont un raisonnement cohérent et s'y collent. D'ailleurs, les femmes sont nombreuses à dire qu'elles sont déjà sûres de leurs choix (71 %) et ce, pour le premier, comme pour le deuxième tour.

Si l'on se projette au 22 avril prochain, quel devrait être le candidat champion des femmes ?

Là encore, on ne peut s'appuyer que sur les intentions de vote. Actuellement, le candidat le plus choisi par les électeurs et notamment par les femmes est Nicolas Sarkozy. Selon l'un des derniers sondages de la Sofres, Nicolas Sarkozy arriverait en tête avec 28 % des intentions de vote - et 30 % des intentions de vote des femmes -, suivi de Ségolène Royal qui obtiendrait 25 % des voix - et 26 % chez les femmes - puis de François Bayrou qu'on estime à 23 % des intentions de votes, chez les électeurs comme chez les électrices.

Si les femmes plus âgées ont un vote plus "sécuritaire", qu'en est-il des jeunes générations ?

Les femmes plus jeunes se disent plus facilement prêtes à voter pour Ségolène Royal, surtout chez les 18-24 ans. Si elles sont plus sensibles à la gauche, elles sont surtout plus réceptives au côté féministe de la candidate du Parti Socialiste. Sans compter que ces électrices sont en attente d'un changement, d'un renouvellement et d'un rajeunissement de la classe politique que Ségolène Royal incarne bien.

 

Le dernier ouvrage de Janine Mossus-Lavau

L'argent et nous
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Editions de la Martinière, Janvier 2007
Consultez les librairies

Et toujours Femmes, Hommes : pour la parité de Janine Mossuz-Lavau

En savoir plus le site du CEVIPOF, centre de recherches politiques de Sciences-Po: www.cevipof.msh-paris.fr/

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Véronique Deiller, Journal des Femmes

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