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Dossier
16/02/2007

Elles travaillent à la maison, elles racontent...

Si leur métier n'ont rien à voir, Sylvie, Myriam et Karin ont un point commun : elles ont décidé d'exercer leur activité professionnelle chez elles. Elles nous racontent leur journée-type.
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Sylvie, 45 ans , lectrice-correctrice-rewritrice (Paris)

"Comme je suis écrivain, et que mes droits d'auteur ne me permettaient pas de vivre, je faisais des travaux de correction et de rewriting pour une maison d'édition en freelance. Puis, ladite maison m'ayant proposé de devenir salariée, et réfléchissant à l'avenir, j'ai accepté. Étant donné qu'il n'y avait pas de place dans les locaux pour créer un bureau supplémentaire, j'ai donc travaillé chez moi. Ce qui a nécessité des investissements, lesquels ont été entièrement à ma charge : ouvrages techniques, encyclopédies, ordinateur récent et imprimante, etc. En mars 2007, cela fera cinq ans que j'exerce l'activité de lectrice-correctrice-rewritrice salariée à domicile. Essentiellement à retoucher, de manière plus ou moins importante, des traductions de romans à paraître. Je dois aussi "préparer la copie", c'est-à-dire adapter le texte remis par le traducteur aux usages typographiques de la maison. Je dois enfin contrôler l'expression française, cela va de soi."

"Suivant la charge de travail, qui est d'ailleurs très souvent importante, je commence mes journées entre 7h et 8h du matin - dans les périodes de grand stress, fréquentes, je commence à 6h30. Je m'interromps pour déjeuner pendant une heure, et le soir, j'arrête mes activités vers 19h30-20h. Et je travaille quasiment tous les samedis (souvent les dimanches aussi, en fonction des urgences). En tant qu'avantage, je citerai le calme, la solitude, une plus grande disponibilité de l'esprit qui, dans mon genre d'activité, est essentielle. Les jours où l'inspiration n'est pas au rendez-vous, ce n'est pas une catastrophe : il est toujours possible de rattraper le temps perdu en prenant sur le temps des loisirs. L'on jouit aussi d'une plus grande indépendance : une fois que vous avez fait vos preuves, la direction vous fait confiance et ne passe pas son temps à contrôler votre rendement. Vous êtes responsable de votre travail de A jusqu'à Z. En tant qu'inconvénient, je citerai la menace permanente de voir votre activité professionnelle dévorer votre vie privée. Même si on s'évertue à créer une frontière nette entre les deux, c'est une démarche illusoire. Votre maison, c'est votre bureau : à chaque instant vous avez la possibilité de fouiller dans tel ou tel dossier pour rectifier telle ou telle chose. Impossible de "décrocher" vraiment de votre boulot. Autre danger : plus vous restez chez vous, et moins vous avez envie de sortir. Les contacts avec les autres se font par définition plus rares, ce qui signifie qu'à terme, si l'on n'y prend pas garde, on finit par redouter ces contacts car on en n'a plus l'habitude ! Enfin, quand on travaille chez soi, on ne compte pas ses heures. Si vous faites le calcul, vous atteignez facilement 70 à 80 heures par semaine. Et ensuite, votre employeur en prend l'habitude, il sait qu'il peut compter sur vous !"

 

Myriam
Myriam

Myriam, 39 ans, développeuse web (Le Grau du Roi)

"Je suis développeuse web freelance et gérante de mon EURL FAIRWEB. Je vis de ma passion, la programmation web et la conception de sites Internet. Lorsque j'ai créé ma société en août 2003, je vivais en Provence, et les chances de trouver de nombreux clients dans mon activité étaient réduites. C'est donc depuis chez moi, sur Internet, que j'ai trouvé mes contacts à l'autre bout de la France, voire du monde. Depuis, je travaille avec des chefs de projet que je ne rencontrerai probablement jamais physiquement mais nous avons fondé des partenariats solides. Cette liberté géographique m'a permis de faire le choix de mon lieu de vie et je me suis installée en Camargue il y a un an. Je prends rarement des vacances et cet endroit m'offre le loisir à portée de main. Mes journées sont bien remplies. Réveil à 6h (parfois 4h), je commence par le petit-déjeuner, puis consultation de mes e-mails. A 6h30, je dépose ma fille à l'arrêt de bus, je reviens et je travaille jusqu'à environ 12h30. Vers 13h, retour devant le PC pour une après-midi qui va s'étendre jusqu'à 18h dans le meilleur des cas pour me rendre à l'aquagym. Ouf ! Détente ! Si ma charge de travail est importante, ou si j'ai dû m'absenter pendant l'après-midi, je continuerai encore quelques heures. Le fait de travailler à mon domicile m'évite le stress, les risques et le coût du trajet. Je suis ainsi opérationnelle immédiatement, moins soucieuse de la qualité de mon maquillage et de ma garde-robe, sauf peut-être pour les visioconférences mais elles sont ponctuelles. Certaines tâches de la vie quotidienne peuvent également être mieux gérées. La liberté d'aménagement du temps de travail permet de se libérer pour aller chercher les enfants à l'école, prendre des rendez-vous difficiles à obtenir en dehors des heures de bureau, éviter l'affluence pour se rendre à la banque ou à la poste".

"Mais travailler chez soi est un état d'esprit. Il faut savoir se lever le matin et se mettre au travail, bien souvent avant l'heure, sachant que l'on s'arrête bien souvent après l'heure. La famille doit également être très compréhensive. Vos enfants et votre conjoint doivent comprendre que, même si vous êtes restée à la maison toute la journée, vous n'avez pas eu le temps de faire les courses ou de passer le balai. Vous étiez au travail, dans votre bureau, et vous y êtes encore à l'heure où ils rentrent. Il faut savoir également travailler seule. D'une part, rester motivée pour travailler sans patron pour vous y pousser, d'autre part, supporter l'absence physique des collègues, la pause café où l'on discute. Néanmoins, Internet est un monde loin d'être virtuel et les gens avec lesquels vous travaillez sont bel et bien là. On y crée des liens d'amitié et il nous arrive de passer en webcam pour parler business et de prolonger la visio d'un quart d'heure, juste pour discuter. L'avantage, c'est qu'une fois la webcam coupée, on reste concentrée sur son travail et on est plus efficace. Ce mode de travail me correspond parfaitement. Le point essentiel à mon sens pour réussir sa carrière à domicile, c'est d'être bosseuse, d'avoir la passion de ce que l'on fait et de s'accorder des moments de repos pour les loisirs afin de ne pas se laisser absorber par le travail. Tout cela réuni, c'est finalement bien agréable !"

 

Karin, 38 ans, assistante maternelle (région parisienne)

"J'ai 3 enfants aujourd'hui âgés de 15, 12 et 9 ans. Lorsque ma dernière a eu 3 ans, j'ai dû réfléchir à mon avenir professionnel. Avec mon mari nous avons fait un calcul simple : il fallait une personne pour emmener mes enfants à l'école, et aller les chercher le soir, et en plus leur payer la cantine. Nous nous sommes rendus compte que ce ne serait pas rentable pour moi de travailler, puisqu'au final, une fois tous ces frais retirés de mon salaire, il ne restait plus que 200 francs par mois. Donc le choix était simple, je reste à la maison, mais pas question pour moi de ne pas rapporter un peu d'argent. Je me suis donc renseignée sur ce que je pouvais faire comme métier tout en restant chez moi. Et j'ai trouvé le métier d'assistante maternelle. J'en ai discuté avec mon mari et avec mes enfants, car je ne voulais pas leur imposer la présence d'autres enfants sans qu'ils soient conscients des petits sacrifices que cela allait engendrer pour eux. Et me voilà lancée dans l'aventure".

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"Une journée chez moi commence de très bonne heure, car le premier enfant arrive à 6h30. La matinée avec les petits bouts se déroule tranquillement : jeux, biberons, change, préparation du repas de midi, promenade quand le temps le permet, sieste et autres activités. Je fais ensuite déjeuner tous les enfants que je garde ainsi que les miens, en plusieurs fois. Pendant la sieste des bébés, j'ai un tout petit moment pour moi : je lis, je brode, ou je tricote quand je n'ai pas de papier administratif à régler ou des coups de téléphone à donner. Et c'est déjà le moment des goûters pour les uns et les autres. Puis les parents passent récupérer les petits, et mes enfants rentrent de l'école. Je pense que c'est une chance de travailler chez soi, car on est là pour nos enfants quand ils sont malades, et l'on peut toujours avoir un oeil sur eux. Le plus gros inconvénient, c'est que tout le monde compte sur moi : les parents des enfants que je garde pensent que chez moi, je n'ai rien d'autre à faire que les attendre. Mes enfants et mon mari me disent souvent "comme tu es à la maison, tu as le temps pour faire ceci ou cela". Je pense que lorsqu'on travaille chez soi, il ne faut pas se laisser étouffer par sa famille et son boulot, et se ménager des moments rien que pour soi, et ne pas accepter de tout faire à la place des autres membres de sa famille".

 

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Claire Sassonia, Journal des Femmes

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