Femmes > Vie pro >  Femmes et "métiers d'homme" > Scarlett, marin
Vie pro
24/01/2005

Scarlett, marin-pêcheur : "Un métier de liberté et de solidarité"

Elle commande trois bateaux sans renier ses talons hauts : portrait d'une commandante au caractère bien trempé.

  Envoyer à un ami Imprimer cet article  
SOMMAIRE


Agrandir

"Toute gamine déjà, j'accompagnais mon père à la pêche, et ma mère à la vente à la criée", dit-elle. Le décor est planté. A 16 ans, Scarlett, fille et petite-fille de marin, n'envisageait pas d'autre avenir que prendre la mer. "Mais tout le monde m'a regardé avec des yeux ronds : marin, ce n'était pas un métier de fille…".

Alors, la jeune fille travaille dans une conserverie, puis dans un bar. Et bientôt, elle épouse un marin (qui d'autre ?), avec qui elle a trois enfants. Mais "le sentiment incroyable de liberté que donne l'océan" et "la solidarité d'une équipe de marins" lui manquent trop. A 28 ans, elle décide de faire ce qui lui a toujours tenu à cœur et de passer les brevets pour devenir mécanicien de pêche puis commandant de bateau. Première fille à s'engager dans cette voie, elle doit supporter l'incrédulité et les sarcasmes de ses camarades de cours.

"Cela arrive encore", sourit-elle, "que des hommes m'accompagnent en mer simplement pour voir de leurs yeux comment une femme peut se débrouiller sur un bateau". Qu'à cela ne tienne, elle leur prouve qu'on peut. Aujourd'hui, Scarlett, 55 ans et "50 kg toute mouillée", selon ses mots, commande trois bateaux dans son port breton du Guilvinec, mais aussi une culture d'algues et une entreprise de transformation des produits de la mer, sans compter son engagement syndical.

De 4h du matin à minuit, sur le pont
Porte-parole des marins auprès de nombreux organismes (la Chambre de commerce de Quimper, la caisse d'allocations familiales, le comité des pêches…), elle assure qu'être une femme représentante d'une profession très majoritairement masculine ne l'a jamais gênée : "Les femmes sont plus posées et font mieux passer leurs idées. De plus, elles sont habituées à prendre des décisions beaucoup plus vite que les hommes. Eux, ils ont d'autres qualités, mais ils hésitent trop", assure-t-elle.

Dans cet univers viril, elle n'a jamais renié sa féminité, bien au contraire : "On est beaucoup plus féminine quand on fait un métier d'hommes, justement pour faire mentir les idées préconçues. Si je ne sors pas en mer avec mes tailleurs et mes chaussures à talons, je mets en revanche un point d'honneur à les mettre aux réunions". Toujours en mouvement entre les réunions, la mer, le port, le marché et l'atelier de sa conserverie, Scarlett se lève à quatre heures du matin pour se coucher à minuit, et ne cesse jamais d'être sur le pont. Et pour cause : c'est là qu'elle se sent le mieux.



Magazine Vie pro Envoyer Imprimer Haut de page
A VOIR EGALEMENT
Votre avis sur cette publicité

Sondage

En vacances, vis-à-vis du travail vous êtes

Tous les sondages