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24/01/2005

Claire, chef d'orchestre : "Il faut une autorité sans faille"

Chef d'orchestre internationale et députée européenne, Claire Gibault raconte comment elle s'est imposée dans le milieu très fermé de la direction musicale.

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© Micheline Pelletier Agrandir

Née au Mans d'un père musicien, Claire Gibault égrène son parcours au sein du Conservatoire comme une évidence : "A 4 ans j'ai commencé le solfège, à 5 ans le piano, à 7 ans le violon, à 10 ans la musique de chambre, et à 13 ans la direction d'orchestre". "Seule femme dans les cours de direction d'orchestre", elle ressent un peu de dédain. Mais les camarades méprisants changent d'opinion lorsqu'elle reçoit les premiers prix du concours de sortie…

Les choses se corsent lorsque la jeune femme affronte le marché du travail de ce milieu où "tous les postes liés au pouvoir et à la gloire sont tenus par des hommes". Un opéra lui donne sa chance : celui de Lyon. Là encore, même avec le soutien de l'équipe, il lui faut s'imposer. "Certains réagissaient violemment à ma nomination, refusaient de jouer sous la direction d'une femme. Lorsque je passais au milieu des musiciens pour arriver jusqu'à mon pupitre, il m'arrivait d'entendre des choses très désagréables sur mon passage".

La fosse d'orchestre transformée en fosse au lions, voilà une image qui ne vient sans doute pas à l'idée des mélomanes dans la salle, ravis d'applaudir des créations mondiales ou des prestations de Mozart, Berlioz, Ravel... Magnifique, mais fatigant. "J'avais en face de moi jusqu'à 300 personnes à diriger, avec une attention et une autorité sans faille. De plus, j'avais l'impression que beaucoup de mon énergie passait à me défendre en tant que femme."

Engagée pour le jeune public et pour l'Europe
Pionnière en son genre, elle sera la première femme à diriger le prestigieux orchestre philarmonique de Berlin, ainsi que celui de la Scala, à Milan. Sans compter ses prestations à Londres, Rome, Washington, Copenhague… Pour se faire reconnaître au top niveau, Claire Gibault a choisi d'allier "ascèse et patience" avec la recherche d'une voie originale : "Puisque les femmes ont plus de mal à avoir une carrière traditionnelle, il leur faut trouver des domaines moins courus par les hommes".

Pour elle, ce sera la musique contemporaine et la création pour le jeune public. Elle s'engage auprès de compositeurs d'aujourd'hui, forme des orchestres de jeunes interprètes, monte un opéra pour les enfants. Tournée vers le futur. Depuis l'année dernière, Claire Gibault est aussi députée européenne (UDF), s'engageant notamment au sein de la Commission Culture de celle des Droits des femmes. Parce qu'elle veut "ne plus penser à mon ego, mais travailler pour les autres". D'une modestie sans fausse note.


© Micheline Pelletier

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