Tendance olfactive : l'eau est dans l'air !

Synonymes de fraîcheur, les Eaux déferlent en ce printemps 2013.

Essentielle à l'humanité depuis toujours, symbole de fraîcheur éternellement renouvelé, l'eau incarne la vitalité, la fertilité, le plaisir aussi. La vie tout simplement. Les parfumeurs l'ont vite compris en la faisant Cologne, produit à mi-chemin entre soin et parfum, incontournable de l'hygiène pendant des siècles, un produit miracle que l'on frictionnait, aspergeait, buvait même ! Pour le plus grand plaisir des hommes et des femmes, des jeunes comme des plus anciens, car l'eau a cela de magique quelle est universelle.

Devenue eau de toilette, puis eau de parfum, l'eau est devenue une dénomination standardisée, parfois supplantée par l'extrait venu marquer un autre curseur d'intensité et de sophistication.  

Mais l'eau n'a jamais dit son dernier mot, s'invitant jusque dans les noms des parfums, parfois de manière suggérée, comme en témoigne la novatrice Ô de Lancôme lancé en 1969. L'eau n'est alors plus une simple concentration, encore moins une pâle copie de la Cologne ancestrale, mais une véritable philosophie, à la recherche d’une fraîcheur facettée et durable, témoin d'un retour au luxe le plus essentiel, simple et personnel. Tous les parfumeurs dignes de ce nom ont alors lancé leur Eau, ajoutant ainsi une alternative fraîcheur dans leurs gammes : Eau de Rochas, Eau de Guerlain, Eau de Patou, Eau de Givenchy

Dans les années 90, l'eau devient plus ludique, grâce à la généralisation des notes fruitées, et surtout l'arrivée d'ingrédients capables d'évoquer sa fluidité impalpable, notamment la molécule baptisée calone, largement utilisée dans la célèbre Eau d'Issey en 1992. A cette époque, l’eau se fait aussi estivale, venant rafraîchir une multitude de parfums éphémères baptisés alors « Eaux d’Eté ».

Après un début de millénaire caractérisé par la recherche de sophistication et le retour des chypres, on assiste depuis quelques années à une inondation d’eaux dans les parfums. Déjà en 2007 Chanel lançait une version « Eau Première » de son célèbre N°5, suivi en 2008 de L’Eau The One signée Dolce & Gabbana puis de J’adore L’Eau chez Dior l’année suivante ; pour n’en citer que quelques-uns.

Depuis quelques mois, ce phénomène s’amplifie et les marques déclinent l'eau sous toutes ses formes : une cascade de parfums qui optent pour une fraîcheur sans détours. 

Il y a d’abord les grands classiques, qui trouvent une nouvelle jeunesse en se faisant « Eau ». Giorgio rafraîchit sa majestueuse fleur d’oranger créée en 1981, Azzaro pour Homme s’illumine d’un cocktail d’agrumes tandis que le célèbre Habit Rouge de Guerlain introduit un accord de sève végétale dans sa composition orientale quasi cinquantenaire. Car oui, l’eau se décline également au masculin, les hommes ayant toujours associé toilette et fraîcheur.

Des créations plus récentes, mais tout aussi célèbres, se déclinent également en Eau. For Her de Narciso Rodriguez reprend la parole avec L’Eau, une fragrance qui décline un bouquet de fleurs fraîches. Chez Nina Ricci, Nina L’Eau troque sa gourmandise sucrée pour un accord fruité plus pétillant. Idem pour Yves Saint Laurent avec sa Parisienne qui tempère sa chaleur poudrée, rehaussée de fruits rouges acidulés. Chez Prada, les dernières créations s’inondent de la fraîcheur des agrumes : Infusion d’Iris devient Eau d’Iris tandis que Candy L’Eau s’offre une version moins orientale, plus claire mais toujours addictive. Version italienne, Fendi joue aussi le jeu, déclinant son Fan di Fendi en « Eau Fraîche » mais aussi le dernier Fan di Fendi pour Homme en version « Acqua », inondé d’une brise aromatique méditerranéenne. Toujours au masculin, et façon Riviera, Cerruti 1881 Acqua Forte renoue avec la simplicité d’un accord hespéridé légèrement herbacé. Dior Homme se fait quant à lui Cologne, évoquant la fraîcheur impeccable d’une chemise blanche immaculée.

Il y a aussi les eaux romantiques, très féminines celles-là, qui s’illustrent avec la rose, fleur et couleur. Love Chloé Eau Florale plonge dans un thé glacé tandis que Balenciaga s’offre une « Eau Rose » acidulée de mûre. Cartier décline aussi sa grande Eau de Cartier en version « Goutte de Rose », faisant la part belle à la fraîcheur caractéristique de la rosée du matin. Lolita Lempicka, elle, ajoute une « Eau Jolie » à son premier parfum, rafraîchie de nashi et de fleur de pêcher.

Le phénomène atteint même des parfums qui étaient déjà des variations légères de leurs aînés. A peine lancé en 2011, Shalimar Parfum Initial de Guerlain revient déjà avec « L’Eau » zestée de bergamote et de pamplemousse. Bulgari décline également Mon Jasmin Noir en « Eau Exquise » qui opte pour un jasmin sambac, plus lumineux, grisé par l’éclat du pomelo rose.

A l’inverse, il y a ceux qui font de L’Eau des créations à part entière qui ne sont pas des déclinaisons d’autres parfums. Eau de Lacoste pour Femme illustre olfactivement l’anticonformisme et la modernité de la femme Lacoste d’aujourd’hui au travers d’un floral fruité pétillant. Plus mystérieux, Giorgio Armani offre aux hommes Eau de Nuit, une fragrance entre aube et crépuscule qui dévoile un accord boisé typiquement masculin infusé d’épices fraîches. Enfin, Serge Lutens crée simplement « L’Eau » en 2010, maintenant accompagnée par « L’Eau Froide », signature olfactive contrastée à la fois givrée et tenace, un nom fulgurant, simplement évident, comme l’eau.

Retrouvez plus d’informations sur les parfums cités : www.parfumessence.fr