Parfums de rentrée

Les grandes tendances parfums de la rentrée 2012, ingrédient par ingrédient.

Chaque année, la rentrée est l’occasion de nombreux lancements de parfums. Floral, hespéridé, fougère, oriental, chypré… difficile de s’y retrouver parmi toutes ces typologies parfois bien mystérieuses. Pour vous guider dans les allées interminables des parfumeries, retour sur les ingrédients tendances qui nous mènent par le bout du nez.

 

LA FLEUR D’ORANGER

Fleur du soleil caractéristique du bassin Méditerranéen, la fleur d’oranger est issue du bigaradier, également appelé oranger amer, qui fournit de nombreux produits odorants. En effet, l’hydrodistillation des fleurs donne une essence appelée néroli, fraîche et fleurie, tandis que l’extraction aux solvants volatils va produire l’absolue de fleur d’oranger, plus riche et plus capiteuse. Mais l’arbre produit également l’orange, typique de la famille hespéridée, ainsi que l’essence de petitgrain, obtenue avec ses feuilles. Ce n’est donc pas un hasard si cet arbre prolixe fournit abondamment parfumerie depuis des siècles.

Signature typique des années 80, la fleur d’oranger a accompagné de grands succès tels que Poison de Christian Dior, Giorgio de Giorgio Beverly Hills ou encore Amarige de Givenchy.

Aujourd’hui elle se fait plus douce et plus moelleuse, cultivant plutôt ses accents régressifs type pâtisserie à l’eau de fleur d’oranger. Ainsi Cacharel l’associe au lait d’amande et à la fraîcheur de la mandarine pour Catch Me tandis que Maison Martin Margiela la propose carrément alimentaire en la piquant d’anis étoilé coulé dans un bain de caramel dans son Replica Funfair Evening. Chez Marc Jacobs, la fleur d’oranger habille Dot d’une fraîcheur aquatique doublée d’un accord sève et d’une note noix de coco. Pour le soir, Paco Rabanne propose Lady Million Absolutely Gold, une interprétation provocante de la fleur d’oranger associée à l’impertinence de la framboise et à la richesse du patchouli.

 


LE JASMIN

Cousin de la fleur d’oranger, le jasmin fait lui aussi de cette grande famille que l’on appelle les fleurs blanches. Utilisé depuis la nuit des temps, le jasmin était déjà récolté par les Egyptiens pour parfumer huiles et onguents. Si le jasmin de Grasse est en voie de disparition, il entre cependant toujours dans la composition du mythique N°5 de Chanel, d’autres qualités sont cultivées en Italie, en Inde, au Maroc, en Egypte et même en Chine ! Le jasmin sambac, plus frais et légèrement vert, a récemment la préférence des parfumeurs. J’adore de Christian Dior, Mon Jasmin Noir de Bulgari ou encore Jasmin Rouge de Tom Ford ont cédé à ses ardeurs.

Pour la rentrée 2012, Yves Saint Laurent le met à l’honneur dans Manifesto aux côtés du muguet dans une composition florale boisée. Valentino le pare des accents veloutés de la pêche et de la tubéreuse dans Valentina Assoluto. Chez Thierry Mugler, le jasmin est la signature d’Alien qui pour sa nouvelle version Essence Absolue l’accompagne des notes poudrées de l’héliotrope et de l’iris. Enfin chez Issey Miyake, le nouveau féminin Pleats Please joue sur l’indole, la molécule principale de la fleur de jasmin, rafraîchie par la pivoine et le pois de senteur.

 


LA ROSE

Reine parmi les fleurs, la rose reste la représentation parfaite de la féminité. D’ailleurs on ne compte plus le nombre de parfums qui lui ont succombé, certainement parce qu’elle offre une kyrielle de nuances olfactives. Il y a la rose des jardins fraîche comme la rosée du matin, choisie par l’Eau de Chloé. La rose fruitée, presque gourmande, qui signe la malice de Trésor Midnight Rose de Lancôme. La rose poudrée, réminiscence de l’odeur du rouge à lèvres, qui a inspiré Yves Saint Laurent pour son Parisienne L’Essentiel. Ou encore la rose boisée qui, associée au patchouli, signe l’audace de Gucci Guilty Intense.

Tout récemment, Maison Martin Margiela a travaillé la rose façon « marché aux fleurs » avec ses notes mouillées de tiges fraîchement coupées dans Replica Flower Market. Montblanc l’a même choisi au cœur de son Legend Special Edition pour homme aux cotés de la menthe et du gingembre. Chez Balenciaga enfin, la rose est réinventée façon expérience botanique avec Florabotanica, sur lit de vétiver et de mousse de chêne évoquant la profondeur des sous-bois.

 


L’IRIS

Cultivé depuis des siècles à Florence en Italie, l’iris est associé aux Dieux. D’ailleurs, la racine de son nom signifie « arc-en-ciel » en Grec ancien. Contrairement aux idées reçues, l’iris n’est pas vraiment une fleur. Tout du moins en parfumerie. En effet, lorsque les pétales d’iris sont soumis à la distillation, il n’en résulte aucune odeur. C’est en réalité le rhizome que l’on utilise, et qui délivre son principe odorant au caractère bien particulier. A la fois floral, boisé, poudré mais aussi sucré, poivré et vanillé ; il entre dans la composition de nombreux parfums.  Matière première noble et luxueuse, elle fait notamment partie de la « guerlinade », célèbre accord de famille typique des parfums Guerlain et que l’on retrouve dans L’Heure Bleue. Certains lui vouent d’ailleurs une passion sans limite, comme le célèbre N°19 de Chanel récemment modernisé avec sa version Poudré ou encore Prada qui lui dédie carrément une Infusion d'Iris qui porte bien son nom.

Aux côtés de la fleur d’oranger et de la fève tonka, l’iris entre dans la composition du nouveau La Vie est Belle de Lancôme, lui apportant chic et féminité absolue. Ses accents poudrés font également les délices du Blanc de Courrèges avec des baies roses et de l’ambre. Chez Boucheron, l’iris sublime le cœur floral vert de Jaïpur Bracelet tandis que Burberry Body l’a flanqué d’une rose pour un effet rétro.

Au masculin l’iris fait aussi des adeptes. Dior Homme en tête avec son élégance unique qui se décline aujourd’hui en version Sport. A découvrir également : Tom Ford Noir qui l’associe aux feuilles de violette et aux épices pour un sillage racé et inédit.

 


LE POIVRE

Si le poivre fait aujourd’hui partie de notre quotidien, il est amusant de rappeler que du temps des navigateurs, il était une denrée rare plus chère que l’or. Au Moyen-Âge, son utilisation en tant que monnaie d’échange a contribué à la répandre à la surface du globe. Cette épice également connue sous le nom de « graine de paradis » s’est largement illustrée en cuisine mais également en parfumerie. En 1954, Caron lance son « Poivre », une senteur explosive restée sans équivalent, à redécouvrir dans les parfums-fontaines Caron.

Principalement utilisé dans les parfums masculins aux côtés d’autres épices telles que la noix de muscade, le clou de girofle ou encore le gingembre, le poivre sert à relever le caractère d’une composition. Il signe aujourd’hui la puissance du nouvel Azzaro pour Homme Night Time sur fond de vétiver ou de cèdre ou encore Fan di Fendi pour Homme dont le cœur aromatique est rehaussé de poivre rose et de cardamome. Le poivre s’exprime également en solo, choisi par Marc Jacobs pour Bang qui associe les poivres noirs, blancs et roses. A la rentrée, on découvre également Déclaration d’un Soir chez Cartier où le poivre électrise une composition vibrante qui donne de l’élan aux hommes avides de déclarer leur flamme…

Plus étonnant encore, le poivre entre également dans la composition de parfums féminins. Chez Nina Ricci, il est tout de rose vêtu et relève l’impertinence de Mademoiselle Ricci sur fond d’églantine et de bois blonds. Chez Rochas enfin, il est au contraire noir et brut, contrastant avec un cœur de fleurs exotiques dans Les Cascades de Rochas.

 


LA FEVE TONKA

Place à la douceur et à la gourmandise. Sur le terrain de la sensualité, la fève tonka tient une place de choix. Utilisé depuis le XIXème siècle, cet ingrédient est incontournable de l’histoire des parfums orientaux, au même titre que la vanille. Originaire du Venezuela, la fève tonka fut longtemps jalousement gardée des indigènes Amazoniens. Son principal composant est la coumarine, isolé en 1868, et utilisé pour la première fois dans Fougère Royale d’Houbigant en 1882. Guerlain la rendra célèbre avec Jicky et surtout Shalimar, dont la sensualité voluptueuse habille encore les femmes d’un sillage langoureux.

Au masculin la fève tonka est devenue une vraie recette de séduction : Le Mâle de Jean-Paul Gaultier, A Men de Thierry Mugler, 1 Million de Paco Rabanne… Elle vole presque la vedette à la traditionnelle fougère. Associée à l’absolu de cacao, elle dévoile une sensualité vibrante au cœur de la composition de Kokorico by Night de Jean Paul Gaultier. Armani la pousse dans des quantités extrêmes, doublée de vanille et d’ambre, pour révéler la sensualité d’Armani Code Ultimate. Côté féminin, Chanel explore sa facette la plus sombre et la plus mystérieuse dans Coco Noir, relevé d’encens et de patchouli.

 

Bonne rentrée et… à vos mouillettes !